lundi 3 janvier 2011

De l’art de ne point faire d’erreur. Première partie.

Tout s’enchaîna alors très vite pour notre petit héros musqué. Très vite, et assez bien si on regarde par la lorgnette de ses désirs adolescent. Après ces quelques errements qui étaient les prémisses obligés de la vie amoureuse, on ne tarda pas à lui dévoiler les charmes qu’il avait espérés aussi glabres et humides que peut l’être un sexe féminin tout juste pubère. Le collège est le terrain d’un jeu dont les règles évoluent sans cesse perdant volontiers les sportifs les mieux aguerris à ces parties. Ainsi, et de la même manière, les alliances les plus douteuses sont permises et celles qu’on croyait éternelles, on les voit prendre fin à cause d’une simple rumeur, d’un bon mot mal interprété… S’ensuit en général une rancune indéfectible que même le sang de toutes les femmes et enfants de la famille incriminée ne pourrait apaiser si on le faisait couler. Mais le sort peut aussi vous réserver une place au soleil en attendant de prendre celle-là même du soleil. Ce fut le cas pour La Mythe qui devint Apollon cette année là et ce pour deux raisons majeures : il adopta la coiffure improbable dite du « gnou », étrange mélange entre la coupe au bol et la raie au milieu, le tout s’achevant par le bâillement de deux mèches relevées par une bonne plâtrée de gel qui laissait apparaître sur un front luisant quelques bouton rougeâtres tendus de sébum comme si trois gyrophares illuminaient constamment une rue pluvieuse du Bronx. C’était la coiffure qu’il fallait avoir à cet endroit, à ce moment. La deuxième raison de ce succès fut le basket. 1992, l’âge d’or du basket et du hip hop new yorkais, le passage en cinquième pour La Mythe. 1992 fut une année charnière pour la culture occidentale. Ils étaient quelques uns à avoir senti le vent tourner et à délaisser les crampons du football et du rugby pour les Nike force ou, pour les plus aisés, pour les air Jordan et les Patrick Ewing. La fin du XX ème siècle serait américaine, ils le savaient, même si certains s’évertuaient encore à écouter Ace of base ou East 17, le vieux continent sentait la poussière et les cendres et rien n’y pousserait plus sans un ferment porté par les vents d’ouest. La Mythe n’était pas noir, ne dépassait pas 1 mètre 65, et, plus grave, ne chaussait pas du 45 mais dès que ses mains caressaient le doux et rond cuir, l’esprit des plus grands l’habitait. Magic Johnson pouvait trembler face à ses gestes agiles et ses passes à l’aveugle, les épaules de Dennis Rodman ne supportaient pas ses assauts plus d’un quart temps dans la raquette, il faisait pâlir Larry Bird à trois points et faisait chuter le pourcentage de Stockton si bas que celui-ci s’en allait rejoindre le banc, piteux, sans même un regard vers Malone. Bon, Jordan c’était une autre paire de manches et il fallait quand même qu’il déploie tout son génie pour le mettre en échec, mais il l’avait déjà battu plusieurs fois en un contre un avant que celui-ci ne reprenne la main durant le septième match .
Ils étaient quelques uns à partager la même passion et passaient le plus clair de leur temps à s’envoyer des Spalding ou des Wilson en travers de la tronche grâce à des blind-passes toujours plus farfelues. Certaines ne s’y étaient pas trompées et chaque récréation voyait un attroupement singulier de jeunes donzelles piailler autour des deux terrains du « stade » qui résonnait des rebonds, bricks et insultes typiques de ce jeu. En plus d’avoir les deux mains occupées par le caoutchouc il fallait s’en ménager une troisième pour se replacer constamment la mèche et une quatrième pour s’essuyer le front qu’un mélange de sueur et de gel souillait. De toutes les amatrices de basketball, une se dégageait très nettement : Marie. Marie, troisième, que tous les cinquièmes convoitaient. En effet elle avait déjà étrenné les classes supérieures, en tous cas ce qu’il y avait là haut de consommable sans prendre de risque inconsidéré pour son hygiène intime, rappelons en effet que notre histoire se déroule dans des contrées fort reculées et que, de plus, à l’adolescence ils sont encore pléthores à considérer le savon comme une valeur bourgeoise et citadine. Elle était de celles qui avaient du goût, un goût certes étendu et peu regardant, mais qui était sûr car il faisait le choix de la mode. Julien était-il en vue ce mois d’octobre en semaine B grâce à l’achat d’un magnifique Booster ? Elle se montrait partout, du préhaut Nord à la vie scolaire, pendue à son bras. La semaine d’après voyait-elle le règne de Nasser arriver ? Qu’à cela ne tienne elle préparait un exposé sur la germination des pommes de terre avec l’élu Nasser vêtu de son incomparable coupe-vent Oxbow. Elle était libre, belle et conquérante là ou d’autres auraient simplement dit salope. La Mythe n’était pas de ceux qui jugeaient trop hâtivement et attendait son heure qui était d’ailleurs programmée, il le savait, pour le jour de son anniversaire.
A ce stade de l’histoire il nous faut faire une courte pause pour expliquer l’accord tacite qui s’était installé cette année là entre l’équipe de basket de cinquième et Marie. Les origines de ce traité se perdent dans les obscures archives du collège Langevin mais le fait est que chacun des membres de l’équipe se voyait défloré par notre nouvelle héroïne lors du jour commémoratif de sa naissance. Ainsi le tic tac de l’horloge se mêlait aux crissements du parquet et ensemble ils égrainaient doucement les heures qui séparaient La Mythe de ce qu’il se figurait être le paroxysme de son existence. Tout vient à qui sait attendre et il attendit d’autant mieux qu’il était sûr que ça viendrait : on ne brise pas si facilement une promesse collégienne. Ainsi le mois de mars vit débuter une nouvelle idylle derrière l’internat. « Tu veux sortir avec moi ? », moins d’une minute de tractation et l’affaire était dans le sac et la langue dans la bouche. O délices, jamais, jamais La mythe ne s’était douté que c’était cela un baiser. Quelque chose qui n’avait rien à voir avec un simple échange baveux et faisait s’ouvrir tous les sens comme une corolle et se dresser la bite comme... Bon, toujours était-il qu’on ne lui avait donc pas menti, ni sur l’amour, ni sur Marie. Les deux avaient en commun ce côté humide, chaud et électrique qui te foutait direct dans un état vaseux que la plus chargée des douilles pouvaient à peine te procurer. C’était la Jamaïque, Kingstone allez simple, c’était le bayou Floridien qui avalait chacun de tes pas et ne te le rendait qu’après un savoureux bruit de succion, c’était l’ouragan Katrina qui te foutait la branlée du siècle comme à La Nouvelle Orléans . C’était la bouche de Marie qui t’aspirait le cerveau. La Mythe osait à peine penser à l’effet qu’elle provoquerait si elle s’approchait à moins d’une dizaine de centimètres de son sexe. Ou plutôt si, il savait que cela entrainerait une éruption telle que cet instant verrait l’éradication pure et simple de tous les dinosaures qui vivaient dans son jogging Adidas Challenger rouge. Et pourtant il faudrait assurer. Marie avait de l’expérience et attendait un homme, ce qu’il était à deux doigts et à une semaine d’être après tout. Il aurait douze ans samedi et devrait se trouver en mesure de satisfaire une vraie femme, de deux ans son aînée. Il s’imposa donc un entrainement de tous les instants, regardant peu aux sacrifices à consentir. Ses journées étaient ainsi rythmées par de très fréquents éjaculats et chaque seconde était consacrée au contrôle de l’excitation intense que provoquait chez lui Marie. Il se blindait et se vidait au maximum en prévision de ce jour qui changerait irrémédiablement sa vie.
Ce jour arriva. Samedi matin. Personne à la maison. Lui seul. Des draps propres. Un jogging Adidas Challenger neuf pour l’occasion acheté la veille à Sport 2000. Un jogging couleur bleu roi qui claquait sévère. Un choix de préservatif si vaste qu’il aurait pu ouvrir le premier sex-shop de la région. Et Marie arriva en Ciao, trempée comme un lac. Il pleuvait des cordes ce samedi 7 mars 1993. Une serviette, pour éponger sa chevelure dégoulinante, merde elle était sale, bon tant pis, tout ne pouvait pas être parfait. Il était 9 heures, il lui restait plus au moins trois heures avant le retour du padre. Tout juste assez s’imaginait-il pour pouvoir satisfaire la putain céleste qui se présentait, certes aussi mouillée que la Dordogne en crue, mais digne et effrayante d’assurance pour ce qu’ils avaient à faire. On monta doucement l’escalier en colimaçon jusqu’au grenier, en chancelant à peine, bien qu’étroitement enlacés, collés par les lèvres. En cinquante-six mouvements experts elle fit tomber son jogging. Une demi-heure plus tard elle tirait toujours sur l’élastique de son caleçon. A ce stade de la matinée ils n’avaient guère échangé plus de deux ou trois paroles pour se saluer quand La Mythe cru bon de briser ce silence religieux pour prononcer cette phrase plus qu’à propos : « bon, tu comptes me sucer un jour, ou bien ? ». Il est d’ailleurs dommage qu’on ne puisse ici rendre compte de l’accent qui rajouterait une empreinte réaliste à la scène. Toutefois, et pour ce faire, imaginez, ce qu’est pour vous le parler chantant de la campagne, et cela ira bien. Cette formule eut l’effet magique escompté, on ne lui avait pas menti au sujet de la Marie et de son tempérament brûlant : elle obtempéra sur le champ. Tout s’accéléra alors mais tant, que La Mythe dut décrocher la bouche de son sexe moins d’une minute après qu’elle y eut goûté pour ne pas trop vite venir. Le projet n’était pas simplement d’aller s’écraser au fond d’une gorge ou contre un quartet de molaires. La suite de l’opération fut extrêmement délicate et bien que préparée, ce ne fut pas ce que l’on put appeler une franche réussite. Une bonne heure et demie s’était déjà écoulée quand il arriva enfin à dégrafer le soutien-gorge Pro-Mode acheté par lot de six, il les avait vu en promotion la semaine passée au Leclerc route de Madrazès. Au moins ce laps de temps avait eu le mérite de calmer notre jeune étalon. Enfin, le slip en coton tomba. Et commença la vraie galère, qui lui parut durer une double éternité. Ses doigts sentaient bien quelque chose de mouillé et légèrement gluant qui ne semblait pas dépendre de la pluie mais ils n’osaient s’aventurer trop avant bien que Marie tendit son bassin. Ces tâtonnements ne changèrent finalement pas grand-chose à l’issue du combat : elle prit la chose en main et bientôt l’introduisit. Ce fut « un cri, un hurlement de bandit, la rébellion des frères de zèrmi donc trois fois plus de bruit ». Toute sa tête choqua comme s’il avait heurté un platane de plein fouet à 50 kilomètres heure sur un Chapi. Il fallait se reprendre, reprendre possession de la balle, rentrer dans la bouteille et shooter. Maintenant il devait assurer. Il bougea, comme il savait qu’il devait bouger pour éviter la défense. Il bougea encore multipliant les gestes les plus fous, encore et encore. Un temps qui lui parut une éternité il garda la balle. Il bougea, encore une fois et demie et se laissa aller. Il prit le risque et tira en direction du panier. Le silence. Pas de standing-ovation. Un regard rapide en direction du radio-réveil placé à côté du banc de touche où il lui semblait que toute son équipe le regardait d’un seul et même œil désabusé… A peine sept minutes s’étaient écoulées et le match ne pouvait reprendre. Il savait par avance que ce serait dur tant l’adversaire semblait adroit. Il avait cru être à la hauteur. Jusqu’à l’entrée sur le terrain il y avait cru. Lors de l’entre-deux il y croyait encore. Il avait pris la raclée du siècle.