lundi 31 mai 2010

Simulation de vol.

Des corps calcinés.
Des corps emmaillotés dans du papier.Un papier fin et gondolé.
Des canes de cristal pour se laisser porter humblement, des canes de cristal pour continuer l'action d'avancer. Doucement.
Des images lointaines, instables et brumeuses de cendres grises et claires.
L'horizon est tout juste là, on l'aperçoit légèrement, en se mettant lentement sur la pointe des pieds. L'effacement des belles choses, des belles actions, et maintenant cette présence bloc-béton, on ne sait pourquoi, des dialogues à bouches soigneusement ligotées.
Vient alors ce vide, qui ne devrait pas être là, à ce moment précis.
Des mains liées par des fils de verre translucides, un courant passe énergiquement à l'intérieur de ce fil de cristal, comme le sang abondant qui gesticule dans nos veines.
Des mains liées. Des yeux qui essayent paisiblement de se fermer naturellement, mais c'est encore impossible. Faux aveugle errant, dans les rues de cette ville que j'aime, en plein jour, et la nuit n'est pas disposée à se présenter. Mes yeux et le temps.
Des amoncellements d'images belles et rapides viennent.
Puis, s'effacent, pour en céder la place à d'autres.
Les yeux et le présent.
Une satisfaction nouvelle qui éveille de nouveaux sens et de nouvelles attractions.
Des bouches ligotées. De petits sons en sortent, des mensonges.
Un animal gaillard passe, le dos vouté, oeil furtif mais bien ouvert.
Il n'a pas l'air très commode, il n'a aucune notion du temps ni de l'espace. Mais il ne fait que passer. Je le regarde abattue.
Malgré la banalité formelle d'une situation, malgré ces foutus pièges à loups inquiétants, disposés, ça et là au travers de mon minuscule poitrail.
En partant de mes seins, une chaîne épaisse les relie à mes poumons, mon coeur puis mon estomac. Tout est soigneusement installé pour une durée que je détermine. Mes yeux et le présent.
Cet effacement brutal des "choses" qui se greffe aux viscères.
De belles fleurs, je ne connais pas la variété. Les combats incessants encore, d'encore d'autres batailles mentales.
Un chat qui croise mon regard, inquiet. Les envies d'explosion qui ne se produiront pas... Les mains liées et la bouche scellée comme un coffre fort.
Il me reste mes pieds, je dessine avec, l'avancée féconde du vrai sentiment. Il me faut de nouveaux crayons.
Entendre une image de la violence, et la détourner en une explosion de confettis et de fleurs en papier, comme dans un bal de village.
Un espace clos. Dérober à chaque recoin des soupçons de bonheur, dissimuler dans les objets.
Je désespère des envols simulés, tout en croyant à l'idéal d'un doux quotidien Formica.
Je suis à moitié à poil dans un aéroport, j'ai ma fille dans les bras, tout va bien.


C.L.

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