lundi 15 mars 2010

L'apocalypse de la gare St jean.


Nous sommes à Bordeaux. Ce soir c'est la fête du fleuve.

Il y a plein de bateaux amarrés le long des quais.
Le plus spectaculaire est un immense trois mâts dont les marins mexicains vont pouvoir, pour son plus grand bonheur, se mêler à la foule.
Je viens d'obtenir haut la main ma licence d'art du spectacle.
Je ne tient pas particulièrement à fêter le fleuve, ni même à rencontrer des milliers de gens mais il fait beau, et avec les autres on avait pas mieux à faire. Le petit plus c'est qu'Eric a pu avoir quelques tazs.
Avec tout ce monde et le beau temps qui s'installe, la soirée pourrait nous réserver quelques belles surprises.
En attendant de taper, on va se caler sur un banc histoire descendre le mel' Jack Da'/Coca d'Olivier. Entre les familles en balades et les flics municipaux, quelques culs nous occuperont les yeux.
Il y a une grosse heure que la nuit est tombée, on est en rade de clopes et Olivier est introuvable. Les tazs commencent à monter, il faut faire quelque chose. Après un vote à main levée, l'urgence démocratique est attribuée au ravitaillement en tiges.
Tout devient flou; c'est cool.
Il faut choper un tram; à la gare y a encore des tabacs ouverts.
Chaque chose perçue se transforme immédiatement.
Je suis une chauve-souris, l'émission réception d'un signal genre wifi ou bluetooth dirige chacun de mes mouvements dans l'espace. Le traitement de l'information se fait, comme j'ai cru le comprendre, grâce à un élément ontologique de mon être profond.
Une sensation diffuse parcourt ma chair et mes os, elle me comble d'une sérénité joyeuse. Comme si j'avait réussi, comme si nous avions définitivement gagné. La troisième mi-temps à tout jamais.
Je ne suis pas seul, nous sommes heureux, TOUS.
En pleine extase, un doute s'empare de moi.
Il m'apparaît comme probable que mon corps explose.

Ça arrive.
Je me scinde en une multitude de particules; lentement.
Ces doux éclats se mettent à fondre, pas comme le chocolat sous l'effet de la chaleur.
C'est plutôt comme si les eaux boueuses du fleuves étaient pourvues d'un pouvoir dissolvant, comme de l'acide. Comme si elles entraient dans une crue formidable. Elles envahissent la ville et les rues et les immeubles se dissolvent en elles. Comme Arnold Schwarzenneger dans l'aciérie à la fin de Terminator 2 et c'est la seule image qui me vient alors que tout ce que contiennent les immeubles, les gens et moi même; alors que tout se mêle et s'ajoute aux limons charriés par ce fleuve dans lequel je n'ai jamais osé me baigner.
J'aimerais pleurer de rage ou de désarroi. Mais il est trop tard, tout coule, mes larmes, celles de ma mère, la merde d'Eric, la pisse d'Olivier, le mug Philippe Starck d'Annabelle même le tramway, plus rien n'est différent des limons du fleuve.

N.H.

jeudi 4 mars 2010

FLORENCE OGAWA / ROBERT HAYDEN.

FLORENCE OGAWA (born 1947):

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Twenty-Year Marriage

you keep me waiting in a truck
with its one good wheel stuck in a ditch
while you piss against the south side of a tree.
Hurry. I've got nothing on under my skirt tonight.
That still excites you, but this pickup has no windows
and the seat,one fake leather thigh,
pressed close to mine is cold.
i'm the same shape, size, make as twenty years ago
but get inside me, start the engine;
you'll have the strength, the will to move.
I'll pull, you push, we'll tear each other in half.
Come on, baby, lay me down on my back.
Pretend you don't owe me a thing
and maybe we'll roll out of here,
leaving the past stacked up behind us;
old newspapers nobody's ever goping to read again.

The Anniversary

you raise the ax
the block of wood screams in half,
while i lift the sack of flour
and carry it into the house.
I'm not afraid of the blade
you've just pointed at my head.
If i were dead, you could take the boy,
hunt, kiss gnats, instead of my moist lips.
Take it easy, squabs are roasting,
corn, still in husks, crackles,
as the boy dances around the table:
old guest at a wedding party for two sad faced clowns,
who together, never won around of anything but hard
times.
come in, sheets are clean,
fall down on me for one more year
and we can blast another hole ourselves without
a sound.

Woman to Man

Lightning hits the roof,
shoves the knife, darkness,
deep in the walls.
They bleed light all over us
and you face, the fan, folds up,
so i won't see how afraid
to be with me you are.
We don't mix, even in bed,
where we keep ending up.
There's no need to hide it:
you're snow, i'm coal,
I've got the scars to prove it.
But open your mouth,
I'll give you a taste of black
you won't forget.
For a while, i'll let it make you strong,
make your heart lion,
then i'll take it back.

ROBERT HAYDEN (4 August 1913 – 25 February 1980)

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Those Winter Sundays

Sundays too my father got up early
and put his clothes on in the blueblack cold,
the with cracked hands that ached
from labour in the weekday weather made
banked fires blaze.No one ever thanked him.

I'd wake and hear the cold splintering, breaking.
When the rooms were warm, he'd call,
and slowly i would rise and dress,
fearing the chronic angers of that house,

Speaking indifferently to him
who had driven out the cold
and polished my good shoes as well.
What did i know, what did i know
of love's austere and lonely offices?

O.S.