Parce que c'est pas souvent qu'il nous arrive de vrais aventures, il faut quand même que j'écrive un petit mot sur celle-ci (histoire aussi d'éviter de la raconter quinze fois de plus, avec toujours de nouveaux détails).
Alors voilà : tout a commencé dimanche matin, quand le réveil a sonné, à six heures précises... ah non, sept heures, parce que quand Adi m'a dit "tu mets le réveil" la veille (j'allitère bien, hein ?), mon doigt a malencontreusement fourché ... Je passe sur les quelques rapides minutes qui suivirent la découverte de cet impair. Toujours est-il que nous nous retrouvâmes crasseux et aussi décaféinés que la chicorée de ma grand-mère dans la voiture qui devait nous conduire dans la plus belle de nos ballades. C'est sans encombre que nous roulâmes les cinquante premiers km (forcément, un dimanche à huit heures, c'est plutôt calme, ils sont pas complètement fous les gens). On s'est arrêté prendre du pain, le temps pour Adi de s'entendre souhaiter "Bonne fête" (oui, c'était la fête des mères, et à vingt-huit ans, quand même...), et nous voilà repartis vers un avenir qui n'était pas aussi radieux que nous l'eussions espéré. Car, à peine avions-nous dépassé une assez longue clairière rocailleuse (oui, la coulée de lave de 2007), voilà-t-y pas que la route s'en prit à nous (à force de la regarder de haut aussi...). Je ne m'en suis pas tout de suite aperçu (je rappelle que j'avais pas de caféine dans le sang), mais rapidement, la réalité s'est imposée à moi (hé oui, on peut pas toujours mettre des œillères ?) : nous dérapions.
Si vous voulez comprendre ce qu'on a vécu, il faut lire la suite en temps réel. Trois à quatre secondes maximum. C'est parti.
Donc, j'ai eu la nette impression que nous dérapions. Je me tournai alors vers Adi, et là, mon sens inné de la psychologie en général et féminine en particulier me fit comprendre que ce n'était pas tout à fait le moment de poser des questions (du genre "On dérape, non ?"). En effet, elle braquait à fond le volant vers la gauche alors même que, j'en étais sûr, la virage était vers la droite, et fixait la route d'un air quelque peu crispé, comme pour lui intimer de bien vouloir rester sous les roues de la voiture. Et, un instant, je crus que cela marchait. Puis, j'eus la très nette impression que l'arrière de la voiture cherchait à en doubler l'avant par la gauche. Adi a dû avoir à peu près la même sensation, puisqu'elle était maintenant en train de tordre le volant vers la gauche, sans doute pour couper la route à l'arrière-train. C'est à peu près à ce moment que la route réussit à s'échapper. Et là, il me faut m'inscrire en faux contre tous ceux qui disent qu'on voit alors sa vie défiler. Ce qui se produit alors, c'est une invraisemblable production de platitudes par le cerveau, sans doute primitif ("Merde, on a dérapé." "Merde, on va avoir un accident." " Putain, on va pas réussir à s'arrêter." "Merde, je parie qu'on va aller dans le ravin." ;" Putain, on s'est retourné." En revanche, j'ai effectivement pensé tout ça très vite, mais cela se comprend vu la qualité de la réflexion).
On s'est extirpé de la voiture ; on avait rien. Adi a bien essayé de saigner, pour la forme, mais le coeur n'y était pas. Et, comme elle ne perd pas son sens de l'organisation pour si peu, elle a dit "il faut qu'on récupère les papiers, le sac, l'appareil photo,etc.". On avait pas de quoi siphonner le réservoir, c'est con parce qu'on venait de faire le plein. Et le garçon qui roulait devant nous et nous avait vu disparaître de son rétroviseur ("je savais bien qu'il y avait pas de chemin, ici, c'est pour ça que j'ai fait demi-tour quand je vous ai plus vus") est venu nous porter secours. En fait, surtout nous emmener chez les pompiers qui nous ont auscultés, préparés du café, des beignets de crevette et d'aubergine, et ont appelé un gars qui nous a vendus une nouvelle voiture (oui, ils sont très, très efficaces).
Bref, un bon dimanche, surtout que maintenant on a une voiture avec une autoradio qui fonctionne, une roue de secours, et des portes qui ferment. Et qui est rouge.
T.L.
mardi 22 septembre 2009
dimanche 20 septembre 2009
L'île partie 4: scrabble.
Je m'occupe d'un club scrabble. Au collège. Dans mon emploi du temps. La première fois que la principale m'en a parlé, j'ai compris à une curieuse lueur dans ses yeux qu'il fallait que j'évite de sortir une connerie (c'est vrai que "le scrabble permet aux élèves de travailler le français et les maths, c'est un formidable outil pédagogique qui peut mettre fin à des situations d'échec"). Bon en même temps c'est un fait, on peut pas dire les élèves qui viennent au scrabble soient en situation d'échec (à part un, peut-être, incapable d'aligner trois mots correctement, mais toujours capable de trouver le mot compte triple qui vaut 157 points, et sans faute en plus. il paraît que c'est aussi un dieu en mots croisés et mots fléchés, une forme d'intelligence particulière quoi. En tout cas, je suis bien content qu'il ait trouvé un moyen de s'en sortir dans la vie, c'est sûr, il va faire carrière...). Tout ça pour dire que si je ne suis pas un inconditionnel du scrabble, je n'étais pas mécontent d'avoir une heure tranquille dans mon emploi du temps. Mais je me trompais, je croyais encore que le scrabble était un jeu, alors que c'est un état d'esprit, a way of life. C'est à l'aube de la première compétition régionale que j'ai enfin compris, quand un arbitre est venu nous voir pour évaluer les élèves et les briefer. J'ai alors découvert une nébuleuse, une institution vouée à repérer les surdoués du scrabble pour en faire leurs soldats de demain. Pour que tout soit bien clair, je vais essayer de vous raconter comment ça s'est passé :
Elle, l'arbitre : - Et ils jouent souvent ?
Moi : -Ben, une heure par semaine...
Elle : - Mais, ils n'ont jamais le temps de faire une partie complète alors ?
Ici, petite explication pour les novices, les ignorants des règles du jeu de scrabble en club. : on tire les mêmes lettres pour tout le monde, chacun cherche le meilleur mot qu'il peut trouver, et gagne les points de ce mot. Au tour suivant on repart du meilleur mot à la meilleure place selon l'ordinateur, pas selon moi... Il faut bien cinq à dix minutes pour chaque coup, entre le temps de dicter aux élèves les lettres tirées (toujours suivies d'un nom de pays, genre "B comme Belgique" ce qui donne lieu à des échanges comme celui-ci):
Moi : - W comme, ......, euh, Wapiti.
Les élèves : - Mais, monsieur, c'est un animal.
L'arbitre : - Il faut dire W comme ...... (là, un truc, je me souviens pas quoi).
Moi : - Ah, d'accord. W comme .... (le truc que je sais plus) les enfants. (Oui, parfois, je les appelle les enfants.)
Elle, venant vers moi :- Il est facile ce tirage, hein ?
Moi, qui n'avais pas regardé la réponse sur l'ordi : - Ouuiii...
Elle : - On voit tout de suite le maçonnage.
Note pour les novices et les ignorants : le maçonnage, c'est quand on s'arrange pour que deux mots soient rattachés l'un à l'autre par plus d'une lettre, quand ils sont collés dans le même sens, ça fait gagner vachement plus de points.
Moi, rassemblant mes connaissances sur le maçonnage, et tentant de le distinguer du pivot (honnêtement, vous vous en souviendrez pas demain, alors le pivot...) : - Bon écrivez! (ça, c'est ce qu'il faut dire quand le temps de recherche imparti est terminé. Les élèves comptent alors leurs points et doivent écrire leur mot sur une petite fiche).
Elle : - Mais vous ne minutez pas le temps ?
Moi : - A peu près quoi...
Là, je me suis enfui pour ramasser les fiches des élèves, je leur ai demandé leur mot, je leur ai dit bravo, en particulier à celui qui avait trouvé le meilleur mot (wu, tous ceux qui jouent un tant soit peu au scrabble savent que c'est une unité de mesure chinoise, m'a dit l'arbitre. Ou c'est une langue, je sais plus). Et quand je suis revenu avec leur fiche, j'ai senti qu'elle attendait quelque chose. Je l'ai regardée, elle m'a regardé ... Enfin, après de longues secondes, elle m'a demandé, comme si elle avait un peu honte pour moi :
Elle : - Mais... Vous ne comptez même pas les points ? Comment peuvent-ils savoir qui est le meilleur ?
J'ai rapidement fait défiler dans mon esprit les mots qu'avaient trouvés les élèves : pipi (depuis que Lucas sait qu'on a le droit aux gros mots, il est particulièrement investi), iper (non, ça n'existe pas), et wu qui avait été trouvé par celui qui gagne tout le temps. J'ai jeté un coup d'œil à Matthias, qui continue à venir bien qu'il soit incapable de faire plus de 4 points sur un mot.
Moi : - Ben, ils savent à peu près où ils en sont. Ceux qui ont en envie comptent leurs points.
Elle, distribuant une feuille blanche à tous mes petiots : - Désormais, il faut que vous comptiez vos points, sinon, vous allez être ridicules à la compétition de samedi.
Matthias : - Monsieur, j'ai fait 7 points, c'est ça ?
Moi : - Euh, non Matthias, tu as fait zéro. Iper, ça n'existe pas.
Matthias : - Ah...
Moi : - Hé.
Sébastien : - Et moi, j'ai fait 15, c'est ça ?
Moi : - Non, il faut d'abord compter les lettres compte double avant les mots compte double.
Elle : - Comment ça ? Ils ne savent même pas compter ?
Moi : - Mais si, mais si, ils savent... Mais ils font encore des petites erreurs parfois.
Elle : - Vous devez bien comprendre qu'on ne peut pas progresser si on ne connaît pas son niveau. Vous les notez, vos élèves, en classe, quand même ?
Moi : - Oui, en classe.
Elle : - Et bien ici, c'est pareil. Il faut qu'ils sachent se situer, et qui ils doivent battre.
Il me faut ici noter qu'une légère irritation commençait à m'envahir. J'ai donc pris sur moi pour m'écraser consciencieusement
Moi : - Vous savez, je viens d'arriver. Et je découvre à peine les subtilités du jeu.
Elle, se tournant vers la principale : - Ah, c'est un remplaçant qui s'occupe du club ?
La principale, prenant à peine le temps de me foudroyer du regard : - Oui, mais son prédécesseur était très efficace... Et la plupart des élèves ne sont qu'en sixième.
Matthias, se glissant dans la conversation : - Oui, mais moi, j'ai redoublé.
L'arbitre, n'ayant même pas besoin d'ignorer Matthias pour ne pas l'entendre, se tourna vers moi, une lueur mauvaise d'espoir dans les yeux : - Et vous ne serez plus là l'année prochaine, si ?
C'est à peu près à ce moment-là que la cloche a dû retentir. Il faut avouer qu'on a pas été très performant au tournoi du samedi matin (oui, j'y suis allé, je les aurais pas abandonnés quand même). Et les élèves me demandent encore parfois pourquoi la principale ne vient plus les voir jouer entre midi et deux, elle venait toujours quand c'était le gars que je remplace.
T.L.
Elle, l'arbitre : - Et ils jouent souvent ?
Moi : -Ben, une heure par semaine...
Elle : - Mais, ils n'ont jamais le temps de faire une partie complète alors ?
Ici, petite explication pour les novices, les ignorants des règles du jeu de scrabble en club. : on tire les mêmes lettres pour tout le monde, chacun cherche le meilleur mot qu'il peut trouver, et gagne les points de ce mot. Au tour suivant on repart du meilleur mot à la meilleure place selon l'ordinateur, pas selon moi... Il faut bien cinq à dix minutes pour chaque coup, entre le temps de dicter aux élèves les lettres tirées (toujours suivies d'un nom de pays, genre "B comme Belgique" ce qui donne lieu à des échanges comme celui-ci):
Moi : - W comme, ......, euh, Wapiti.
Les élèves : - Mais, monsieur, c'est un animal.
L'arbitre : - Il faut dire W comme ...... (là, un truc, je me souviens pas quoi).
Moi : - Ah, d'accord. W comme .... (le truc que je sais plus) les enfants. (Oui, parfois, je les appelle les enfants.)
Elle, venant vers moi :- Il est facile ce tirage, hein ?
Moi, qui n'avais pas regardé la réponse sur l'ordi : - Ouuiii...
Elle : - On voit tout de suite le maçonnage.
Note pour les novices et les ignorants : le maçonnage, c'est quand on s'arrange pour que deux mots soient rattachés l'un à l'autre par plus d'une lettre, quand ils sont collés dans le même sens, ça fait gagner vachement plus de points.
Moi, rassemblant mes connaissances sur le maçonnage, et tentant de le distinguer du pivot (honnêtement, vous vous en souviendrez pas demain, alors le pivot...) : - Bon écrivez! (ça, c'est ce qu'il faut dire quand le temps de recherche imparti est terminé. Les élèves comptent alors leurs points et doivent écrire leur mot sur une petite fiche).
Elle : - Mais vous ne minutez pas le temps ?
Moi : - A peu près quoi...
Là, je me suis enfui pour ramasser les fiches des élèves, je leur ai demandé leur mot, je leur ai dit bravo, en particulier à celui qui avait trouvé le meilleur mot (wu, tous ceux qui jouent un tant soit peu au scrabble savent que c'est une unité de mesure chinoise, m'a dit l'arbitre. Ou c'est une langue, je sais plus). Et quand je suis revenu avec leur fiche, j'ai senti qu'elle attendait quelque chose. Je l'ai regardée, elle m'a regardé ... Enfin, après de longues secondes, elle m'a demandé, comme si elle avait un peu honte pour moi :
Elle : - Mais... Vous ne comptez même pas les points ? Comment peuvent-ils savoir qui est le meilleur ?
J'ai rapidement fait défiler dans mon esprit les mots qu'avaient trouvés les élèves : pipi (depuis que Lucas sait qu'on a le droit aux gros mots, il est particulièrement investi), iper (non, ça n'existe pas), et wu qui avait été trouvé par celui qui gagne tout le temps. J'ai jeté un coup d'œil à Matthias, qui continue à venir bien qu'il soit incapable de faire plus de 4 points sur un mot.
Moi : - Ben, ils savent à peu près où ils en sont. Ceux qui ont en envie comptent leurs points.
Elle, distribuant une feuille blanche à tous mes petiots : - Désormais, il faut que vous comptiez vos points, sinon, vous allez être ridicules à la compétition de samedi.
Matthias : - Monsieur, j'ai fait 7 points, c'est ça ?
Moi : - Euh, non Matthias, tu as fait zéro. Iper, ça n'existe pas.
Matthias : - Ah...
Moi : - Hé.
Sébastien : - Et moi, j'ai fait 15, c'est ça ?
Moi : - Non, il faut d'abord compter les lettres compte double avant les mots compte double.
Elle : - Comment ça ? Ils ne savent même pas compter ?
Moi : - Mais si, mais si, ils savent... Mais ils font encore des petites erreurs parfois.
Elle : - Vous devez bien comprendre qu'on ne peut pas progresser si on ne connaît pas son niveau. Vous les notez, vos élèves, en classe, quand même ?
Moi : - Oui, en classe.
Elle : - Et bien ici, c'est pareil. Il faut qu'ils sachent se situer, et qui ils doivent battre.
Il me faut ici noter qu'une légère irritation commençait à m'envahir. J'ai donc pris sur moi pour m'écraser consciencieusement
Moi : - Vous savez, je viens d'arriver. Et je découvre à peine les subtilités du jeu.
Elle, se tournant vers la principale : - Ah, c'est un remplaçant qui s'occupe du club ?
La principale, prenant à peine le temps de me foudroyer du regard : - Oui, mais son prédécesseur était très efficace... Et la plupart des élèves ne sont qu'en sixième.
Matthias, se glissant dans la conversation : - Oui, mais moi, j'ai redoublé.
L'arbitre, n'ayant même pas besoin d'ignorer Matthias pour ne pas l'entendre, se tourna vers moi, une lueur mauvaise d'espoir dans les yeux : - Et vous ne serez plus là l'année prochaine, si ?
C'est à peu près à ce moment-là que la cloche a dû retentir. Il faut avouer qu'on a pas été très performant au tournoi du samedi matin (oui, j'y suis allé, je les aurais pas abandonnés quand même). Et les élèves me demandent encore parfois pourquoi la principale ne vient plus les voir jouer entre midi et deux, elle venait toujours quand c'était le gars que je remplace.
T.L.
mardi 15 septembre 2009
L'île partie 3: QWAN KI DO
Je l'ai peut-être déjà fait remarquer, mais La Réunion, ce n'est pas bien grand. C'est pratique pour éviter les cyclones (déjà le troisième qui nous frôle, mais préfère s'exiler à Madagascar... en même temps, ils ont bien besoin de se distraire là-bas), mais parfois on regrette de n'être pas perdu dans une foule froide et anonyme. Quand j'ai commencé à faire du kwan ki do, j'étais tranquille, entouré d'inconnus devant lesquels je pouvais sans honte exhiber mon corps blanchâtre d'athlète parisien. Mon sang -froid s'émaillait à peine si l'on comparait ma façon de boxer avec celle des Brigades du tigre (ouais, il y a toujours, partout, un gars qui a fait l'école du rire. Généralement, c'est aussi le gars qui a fait 20 ans de boxe), ou si l'on me disait que non, il ne faut pas ramener son poing comme dans Dragon Ball avant de frapper. Et puis Kevin est arrivé. Le fils de l'entraineur. Celui qui a fait sa première prise avant de savoir marcher, dont le premier adversaire fut Sophie la girafe. Accessoirement un de mes élèves du lycée. Au début, il a été très poli. Il m'appelait encore monsieur, et je le sentais retenir ses coups. Et puis, on s'est entraîné au sol, aux clés. Quand j'ai senti ses deux jambes d'adolescent à peine pubère enserrer virilement mon cou, rapprochant inexorablement mon visage de parties que je ne saurais ici nommer, pendant que son père l'encourageait à affermir sa prise ("vas-y Kevin, le lâche pas"), je me suis une seconde demandé si l'un de nous pouvait être au regard de la loi coupable de quoi que ce soit. Et puis on a échangé les rôles. Tout m'a paru beaucoup plus normal. L'autre problème du qwan ki do, ce sont les stigmates qu'on y gagne. Le bleu sur les côtes ne se voit pas, la jambe amochée ne fait qu'aggraver la ressemblance qu'ont crue découvrir mes élèves entre le docteur House et moi. En revanche, le doigt dans l'œil permet à mes petits quatrièmes de me demander si j'ai fumé le zamal avant de venir, eux qui souffrent d'une forme intéressante de conjonctivite, ne se manifestant qu'en début de demi-journée. Les mêmes qui, voyant arriver les gendarmes venus faire de la prévention sur les drogues, me demandaient d'un air inquiet si on allait les fouiller. On devient un bon prof quand on commence à repérer les péchés mignons de ses élèves, à savoir quand ils mentent pour partir se reposer avec l'infirmière (pardon, à l'infirmerie). Ainsi, ces quatrièmes, j'ai du mal à les laisser sortir, tant ils ont mis de coups de machette dans le contrat qui nous lie. Mais, jeudi, quand deux d'entre eux m'ont fait comprendre à demi-mot qu'ils se sentaient vraiment mal, et qu'il leur fallait sortir ("monsieur, je vais me chier dessus"), j'ai su que leur gastro n'était pas feinte. C'est bien grand que je leur ai ouvert ma porte et sans arrière-pensée que je les ai laissé aller à leurs intestinales occupations, rabrouant d'un froncement de sourcil mental le prof aigri qui un instant s'était éveillé en moi, me suggérant (bien à tort) qu'ils allaient encore déclencher l'alarme incendie. D'ailleurs, la CPE m'a dit le lendemain combien j'avais eu raison : elle a pu ainsi les croiser, et appeler leur parents pour venir les chercher, eux, qui dès neuf heures étaient bourrés comme des coings, avaient tapissé l'escalier de rhum à demi-digéré et puaient tant l'alcool qu'elle avait envie d'en vomir dans son bureau. Et dire que je pensais qu'ils avaient fumé trop de zamal, moi, l'alcoolique repenti, le professionnel de la dive bouteille. T.L.
lundi 14 septembre 2009
Everything but the bossa.
O.S.
vendredi 11 septembre 2009
Dérive des continents. Lenteur sentimentale. Au milieu du soleil le vent froid souffle. L’eau coule fluidement. Au-delà des néons, dans les bois ma semence perdue sur l’écorce. C’est comme taper du poing sur un mur de briques. Sur mes genoux elle dort bien tranquillement la petite pute, alors que je me fais du mauvais sang. La vierge noire pleure des larmes de sang sur notre couple de fortune. Je cherche de la paraffine sous mon lit, pour cristalliser son corps princier. Je lui applique des zestes d’orange sur les paupières. Partenaire particulier qui vient te demander des comptes pour le plaisir que tu as pris avec son corps, ce morceau de viande souple. Moments d’absence, d’une fraîcheur aquatique. Période d’après-guerre personnelle, joyeuse et insouciante. Changer de masque. Changer de schème culturel, Se sécher les poils, reprendre la route du cowboy solitaire. Cheveux d’or percés de soleil désertique. Sur le moment la chose paraît peu extraordinaire. « C’est normal » règne. Et pourtant cela n’a pas de prix. Oublier ses chagrins .Retrouver la vérité au-delà des collines. L’étendard de la paix universelle dans les mains un soir d’automne. Regard à 360 degrés d’une maison perdue au milieu d’un lac. Avec ton maître tu te sens bien à la besogne quotidienne de racler le fond d’un vase de terre cuite. Assis, avachi sur un banc dans un coin de salle sombre. Non. Assis bien droit dans un fauteuil confortable avec un livre, une petite lumière à tes côtés alors qu’il pleut dehors. Perspectives lointaines, table rase du passé. Goûter la saveur du jour immobile dans un jardin originel, les gouttes de rosée perlant sur tes épaules de golden-boy. Envie de pleurer. Avachi et faible dans la pénombre qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui ? Je peux avoir un peu de ronronnement s’il vous plaît, des cheveux à caresser, un autre corps à toucher ? Des petits bisous sur des petites lèvres qui vomissent de la tequila. Un monde sans connaissance, sans art, devenir fou. Vivre dangereusement, en sentant la mort partout. Cette nuit là je monte le long d’un mur éclairé par la lune au visage triste. Plus haut un château perché caché par une forêt. Ca raisonne bruissement de feuilles dans le soir. Le lendemain, le sort me réserve un chaudron d’huile bouillante chinoise, évacuant mes richesses personnelles. Vide de l’existence. Défaire une poupée gigogne et cacher de la cocaïne dans la dernière. Je hais je souffre, et te vois sourire sans moi. Baise générale entre jeunes gens de bonne famille. Eléonore baise avec au moins deux mecs. Elle écarte bien les gens la salope. Le gosse de quinze ans jouit dans sa bouche. Nue, elle est content e que je sois là, je la caresse un peu, puis on s’en va. Mon tee shirt pue. On va fumer uen cigarette dans un fast food. Explosion de joie générale. Elle danse comme une folle sur la musique de son walk-man complètement différente de celle que les autres gens écoutent. Etourdie elle sort , embrasse son copain sur les lèvres et se fait écraser par un camion rempli d’essence.
S.V.
S.V.
dimanche 6 septembre 2009
La dégénerescence mentale et physique des petites classes.
Décadence épidermique dans bourg de village.
Extravagence des sous cultures. Atmosphère musicale transcendantale,
sidérante et sidérale, proche d'un Ohio.
Tristesse et folie verbale.
Mon ami donne des coups de boule pour dire "Je t'aime".
On lui renvoit la révérence, à six reprises.
Il aime beaucoup, mais lui ne s'aime pas.
Schizophrénie gitane. Michto est malade.
Un coup de boule pour dire "Je t'aime".
Je te tire les cheveux, je te traîne par terre, je te jette dans ma Mercédès, modèle des années quatre-vingt-dix.
Je t'enferme dedans pour te rouer de coups, car tu es allée au village avec un autre que moi, pour acheter des chocolatines.
Je te roue de coups et de pains car tu m'appartiens.
Un Berlinois infâme libidineux, à quatre heures du matin.
Nous faisons griller une énorme rouelle de porc, moment vital.
Il me dit, qu'il aimerait bien me montrer sa bite, grande, en la posant sur la grille de barbecue improvisé.
Il me dit qu'elle ressemblerait alors à une grosse saucisse de Frankfurt, grillée et strillée.
Je l'ignore, malgré sa présence gluante et pesante, et je me dis, que, définitivement, je hais ces hommes là, et que, je lui éclaterais bien la gueule à ce gros con tatoué, dégarni, et sale.
Je traine, avec mon joli t-shirt Requin, tourne autour de cette maison, symbole de fuite, de perdition mentale de bas étage, de bulldozer Caterpillar pour une idée de l'amour, de rancoeur viscérale.
Je m'ennuie mais je me sens bien.
Je mange des cerises, je ne bois aucunement, et m'affaire dans un rôle de psychothérapeute des bas-fonds pour secourir un autre ami.
Vautré dans un amas de verres pilés, il vient de s'ouvrir le bras au niveau des tendons. Il est défoncé, rit, en disant que ce n'est pas grave, et qu'il veut boire son sang.
Un autre garçon, encore jamais vu, vient de prendre un trip. Il commence à chauffer les amis hétéros.
Pour s'enfuir dans un délire de rejet et d'auto-flagellation.
Pour ensuite poursuivre dans un trip de montrage de bite, camouflée dans un string bizarre un peu sado masochiste,
Se roule par terre quasiment nu, sur une musique de Knifeandchop ( malgré tout mortelle),
Et hurle comme un enfant malade, qui scande l'abandon de sa mère.
Il poursuit dans un délire Gilles de La Tourette, " Bandes de saloooooooooooopes, bande de puuuuuuuuuutes, blaireaux, chiiiiiiiiennes je vous haies!!!!! " pour finalement, terminer, nu au petit matin, dans le bourg du village, en pleurant qu'il voulait voir son Papa et sa Maman, le nez fracturé.
Par là encore, la gencive ensanglantée de xavier, donne un millième sourire de mort-vivant.
"Ma Miss m'a mordu la joue."
Le notaire a récupéré Mathieu, nu devant l'église du village, l'a ramené chez lui et l'a habillé, puis son papa et sa maman sont venu le chercher."
Mathieu a apparemment trente quatre ans.
" Shanty essaye de serrer Christine !".
Shanty est arrivé à ses fins, Christine, ivre, s'est donné à lui, près de la cheminée, dans une immense buée trouble de désespoir.
Jeunesse trentenaire post-pubère, humiliation intraveinale, désœuvrement sentimental, mélange ensanglanté de verres pilés,
de noyaux de cerises,
de mégots de clopes,
de porcelaines de Limoges brisées, et d'organes tristes.
Je me sens très bien, mais triste de voir tous ces tas de cadavres.
Les "jeunes" des villages "bas -fonds", devraient se rassembler le Dimanche matin en Mobylette, pour se réunir autour des Casse-bouteilles,avant de finir au Casse-pipe.
DID YOU FUCKING GET IT?
C.L.
Extravagence des sous cultures. Atmosphère musicale transcendantale,
sidérante et sidérale, proche d'un Ohio.
Tristesse et folie verbale.
Mon ami donne des coups de boule pour dire "Je t'aime".
On lui renvoit la révérence, à six reprises.
Il aime beaucoup, mais lui ne s'aime pas.
Schizophrénie gitane. Michto est malade.
Un coup de boule pour dire "Je t'aime".
Je te tire les cheveux, je te traîne par terre, je te jette dans ma Mercédès, modèle des années quatre-vingt-dix.
Je t'enferme dedans pour te rouer de coups, car tu es allée au village avec un autre que moi, pour acheter des chocolatines.
Je te roue de coups et de pains car tu m'appartiens.
Un Berlinois infâme libidineux, à quatre heures du matin.
Nous faisons griller une énorme rouelle de porc, moment vital.
Il me dit, qu'il aimerait bien me montrer sa bite, grande, en la posant sur la grille de barbecue improvisé.
Il me dit qu'elle ressemblerait alors à une grosse saucisse de Frankfurt, grillée et strillée.
Je l'ignore, malgré sa présence gluante et pesante, et je me dis, que, définitivement, je hais ces hommes là, et que, je lui éclaterais bien la gueule à ce gros con tatoué, dégarni, et sale.
Je traine, avec mon joli t-shirt Requin, tourne autour de cette maison, symbole de fuite, de perdition mentale de bas étage, de bulldozer Caterpillar pour une idée de l'amour, de rancoeur viscérale.
Je m'ennuie mais je me sens bien.
Je mange des cerises, je ne bois aucunement, et m'affaire dans un rôle de psychothérapeute des bas-fonds pour secourir un autre ami.
Vautré dans un amas de verres pilés, il vient de s'ouvrir le bras au niveau des tendons. Il est défoncé, rit, en disant que ce n'est pas grave, et qu'il veut boire son sang.
Un autre garçon, encore jamais vu, vient de prendre un trip. Il commence à chauffer les amis hétéros.
Pour s'enfuir dans un délire de rejet et d'auto-flagellation.
Pour ensuite poursuivre dans un trip de montrage de bite, camouflée dans un string bizarre un peu sado masochiste,
Se roule par terre quasiment nu, sur une musique de Knifeandchop ( malgré tout mortelle),
Et hurle comme un enfant malade, qui scande l'abandon de sa mère.
Il poursuit dans un délire Gilles de La Tourette, " Bandes de saloooooooooooopes, bande de puuuuuuuuuutes, blaireaux, chiiiiiiiiennes je vous haies!!!!! " pour finalement, terminer, nu au petit matin, dans le bourg du village, en pleurant qu'il voulait voir son Papa et sa Maman, le nez fracturé.
Par là encore, la gencive ensanglantée de xavier, donne un millième sourire de mort-vivant.
"Ma Miss m'a mordu la joue."
Le notaire a récupéré Mathieu, nu devant l'église du village, l'a ramené chez lui et l'a habillé, puis son papa et sa maman sont venu le chercher."
Mathieu a apparemment trente quatre ans.
" Shanty essaye de serrer Christine !".
Shanty est arrivé à ses fins, Christine, ivre, s'est donné à lui, près de la cheminée, dans une immense buée trouble de désespoir.
Jeunesse trentenaire post-pubère, humiliation intraveinale, désœuvrement sentimental, mélange ensanglanté de verres pilés,
de noyaux de cerises,
de mégots de clopes,
de porcelaines de Limoges brisées, et d'organes tristes.
Je me sens très bien, mais triste de voir tous ces tas de cadavres.
Les "jeunes" des villages "bas -fonds", devraient se rassembler le Dimanche matin en Mobylette, pour se réunir autour des Casse-bouteilles,avant de finir au Casse-pipe.
DID YOU FUCKING GET IT?
C.L.
Libellés :
C.L.,
décadence épidermique,
fiction,
schyzophrénie gitane
vendredi 4 septembre 2009
L'île partie 2: les bêtes.
Et voilà, nous sommes à nouveau seuls, livrés à nous-mêmes sur un point au milieu de l'océan (même à la météo le soir, on voit pas l'île sur l'image satellite, c'est dire).
Il s'en est pourtant seulement fallu d'un cheveu pour que le destin en décide autrement (enfin, plutôt un poil de Demis Roussos, les parents d'Adi sont arrivés quatre heures en avance à l'aéroport. Non, la mère d'Adeline n'a pas l'habitude de se laisser faire par le destin).
Or donc, nous voici seuls face à une nature sauvage et indomptée. Certains esprits chagrins me diront qu'aucun animal vénéneux n'est présent sur l'île, que les scorpions ne sont pas mortels, que le seul lion jamais vu sur l'^le est empaillé au musée d'histoire naturelle de st Denis, mais que oui, je peux voir des crocodiles au croc'parc (oui, il y a un croc'parc...). Je leur répondrai, ben qui z'y viennent. Quelques exemples récents suffiront à montrer à chacun à quel point le darwinisme règne encore en maître ici.
Nous sommes à la veille de la fin de mon remplacement. Étrangement, il me reste encore une trentaine de copies à corriger (ou peut-être soixante, j'avais deux classes ce jour-là). Toujours est-il que j'étais seul sur le canapé, absorbé par mon travail, commentant à mi-voix les propos de mes élèves, quand, alors que je levais les yeux dans la vaine quête d'un public qui légitimerait mon mécontentement, mon regard s'arrêta sur elle. Je demeurai figé. J'espérai un instant qu'elle fut l'œuvre d'un quelconque delirium tremens, mais il y a malheureusement bien trop longtemps que j'ai arrêté de boire.
C'était une gigantesque araignée, genre mygale (oui, je savais que ça n'en était pas une, mais n'empêche qu'elle y ressemblait), grosse au moins comme une assiette (à dessert ; en tout cas, plus grosse qu'une soucoupe, je suis formel). Enfin, après une infime phase d'observation, pas plus d'un quart d'heure à la regarder sans bouger, façon duel dans Il était une fois dans l'Ouest, je pris mon courage à deux mains : je claquai des doigts pour réveiller Mafou et la lui désignai en soufflant "attaque!". Il a vaguement regardé mes doigts, s'est étiré, a baillé profondément et s'est rendormi.
Cette bataille, je le comprenais maintenant, il fallait que je la mène seul (en plus, elle avait l'avantage des couleurs : je ne sais pas si vous avez remarqué, mais une araignée noire sur un mur blanc, c'est tout de suite vachement impressionnant... moi, j'étais torse nu sur une tenture rouge, et je revenais de la plage, alors, vu comme je bronze, vous pensez...).
Bref, j'ai vu où était mon devoir... j'ai baissé les yeux sur les copies pour ne plus les relever, malgré les multiples provocations de la sale bête (genre bouger, faire "tip-tip" avec ses pattes, tout ça...).
Et si encore il n'y avait eu que la mygale (oui, je sais, la grosse araignée) ; ainsi, l'autre matin, après avoir pris ma douche (oui, on a l'eau courante), , confiant dans mon avenir (non, toujours pas de remplacement en vue), j'enfilais tranquillement mon pantalon lorsque je sentis soudain un frétillement rageur contre ma cuisse. A peu près sûr que toute activité spontanée et matinale était à exclure, tant du point de vue de l'heure que de la taille de ce qui agitait mon entrejambe, je me mis à secouer frénétiquement le pied, puis à trépigner sur place une bonne trentaine de secondes en fixant la saloperie de lézard qui avait choisi mes frusques comme dortoir.
Et les musaraignes, hein? Elles sont un peu cons ici : elles annoncent leur arrivée par un cri aigu et décidé, genre "kiiiii". L'une d'elles nous ayant donc prévenus de son entrée dans la chambre, Adi se tourna vers moi pour me dire "Tanguy, il y a une souris!". Cela réveilla naturellement en moi les féroces instincts du chasseur ; ni une, ni deux, je me lève et cours vers le salon. Je chope Mafou, et le place devant la cachette de l'intruse. Celle-ci alors fit alors retentir son cri dans la moiteur de la nuit réunionnaise. Et le chat, d'un mouvement souple et ô combien félin, courut se réfugier au salon, effrayé par ce hurlement strident.
Et puisqu'on parle d'animaux sauvages, je pense que le moment est venu de parler d'un sujet qu'Adi veut me voir traiter ici depuis des jours, sinon des semaines... notre (ou plutôt son) nouveau scooter. Je ne pense que cela intéresse vraiment les gens, mais devant l'insistance de ma moitié, je plie (non, je ne romps pas).
On a longuement hésité entre les différents modèles pour finalement choisir celui dont le vendeur nous avait dit "ah, non, celui-là, vous risquez pas de vous le faire voler, c'est sûr". Et, au vu des réactions des gens depuis, effectivement, celui-là, on ne risque pas de se le faire voler (ex: "mais c'est quoi ce scooter de papy?!").
Chacun connaît ma légendaire capacité à synchroniser mes mouvements, et mon sens inné de l'équilibre, nul ne sera donc étonné de savoir que j'ai rapidement réussi à maîtriser la bête. A peine deux accidents, et je l'ai déjà utilisée trois fois fois (enfin, mercredi je l'aurai utilisée trois fois). Et puis, je pouvais difficilement les éviter : la première fois, c'est un peu la faute de la route (ou de la dde, je sais pas) ; je roulais plutôt calmement quand soudain une intersection s'est dressée devant mes pneus. Naturellement, je m'arrête, mais voilà-t-y pas qu'au moment de repartir, alors que je tourne le guidon, le sol est brusquement monté jusqu'à moi (quand j'ai dit à Adi que j'avais eu un accident, elle a été vraiment inquiète ; ses mots angoissés retentissent encore dans ma mémoire, tant leur douce sollicitude réchauffa mon cœur blessé : "T'as cassé le scooter?").
La semaine dernière en revanche, le trajet s'est déroulé sans problème. Mais au moment de rentrer le scooter dans l'appentis, j'ai accéléré pour passer la petite marche qui en marque le seuil ; la roue arrière ripant sur le gravier, je libérai quelque peu la puissance de l'engin. C'est là que je me suis aperçu que les freins ne sont pas suffisamment serrés. A la joie d'Adi, le scooter n'a rien eu. Elle a cependant tenu à ce que je lui prouve que j'étais capable de réparer la porte du fond. Elle voulait aussi que ce moi qui ramène le scooter au vendeur pour le faire immatriculer, mais il est à son nom, je pouvais pas...
T.L.
Il s'en est pourtant seulement fallu d'un cheveu pour que le destin en décide autrement (enfin, plutôt un poil de Demis Roussos, les parents d'Adi sont arrivés quatre heures en avance à l'aéroport. Non, la mère d'Adeline n'a pas l'habitude de se laisser faire par le destin).
Or donc, nous voici seuls face à une nature sauvage et indomptée. Certains esprits chagrins me diront qu'aucun animal vénéneux n'est présent sur l'île, que les scorpions ne sont pas mortels, que le seul lion jamais vu sur l'^le est empaillé au musée d'histoire naturelle de st Denis, mais que oui, je peux voir des crocodiles au croc'parc (oui, il y a un croc'parc...). Je leur répondrai, ben qui z'y viennent. Quelques exemples récents suffiront à montrer à chacun à quel point le darwinisme règne encore en maître ici.
Nous sommes à la veille de la fin de mon remplacement. Étrangement, il me reste encore une trentaine de copies à corriger (ou peut-être soixante, j'avais deux classes ce jour-là). Toujours est-il que j'étais seul sur le canapé, absorbé par mon travail, commentant à mi-voix les propos de mes élèves, quand, alors que je levais les yeux dans la vaine quête d'un public qui légitimerait mon mécontentement, mon regard s'arrêta sur elle. Je demeurai figé. J'espérai un instant qu'elle fut l'œuvre d'un quelconque delirium tremens, mais il y a malheureusement bien trop longtemps que j'ai arrêté de boire.
C'était une gigantesque araignée, genre mygale (oui, je savais que ça n'en était pas une, mais n'empêche qu'elle y ressemblait), grosse au moins comme une assiette (à dessert ; en tout cas, plus grosse qu'une soucoupe, je suis formel). Enfin, après une infime phase d'observation, pas plus d'un quart d'heure à la regarder sans bouger, façon duel dans Il était une fois dans l'Ouest, je pris mon courage à deux mains : je claquai des doigts pour réveiller Mafou et la lui désignai en soufflant "attaque!". Il a vaguement regardé mes doigts, s'est étiré, a baillé profondément et s'est rendormi.
Cette bataille, je le comprenais maintenant, il fallait que je la mène seul (en plus, elle avait l'avantage des couleurs : je ne sais pas si vous avez remarqué, mais une araignée noire sur un mur blanc, c'est tout de suite vachement impressionnant... moi, j'étais torse nu sur une tenture rouge, et je revenais de la plage, alors, vu comme je bronze, vous pensez...).
Bref, j'ai vu où était mon devoir... j'ai baissé les yeux sur les copies pour ne plus les relever, malgré les multiples provocations de la sale bête (genre bouger, faire "tip-tip" avec ses pattes, tout ça...).
Et si encore il n'y avait eu que la mygale (oui, je sais, la grosse araignée) ; ainsi, l'autre matin, après avoir pris ma douche (oui, on a l'eau courante), , confiant dans mon avenir (non, toujours pas de remplacement en vue), j'enfilais tranquillement mon pantalon lorsque je sentis soudain un frétillement rageur contre ma cuisse. A peu près sûr que toute activité spontanée et matinale était à exclure, tant du point de vue de l'heure que de la taille de ce qui agitait mon entrejambe, je me mis à secouer frénétiquement le pied, puis à trépigner sur place une bonne trentaine de secondes en fixant la saloperie de lézard qui avait choisi mes frusques comme dortoir.
Et les musaraignes, hein? Elles sont un peu cons ici : elles annoncent leur arrivée par un cri aigu et décidé, genre "kiiiii". L'une d'elles nous ayant donc prévenus de son entrée dans la chambre, Adi se tourna vers moi pour me dire "Tanguy, il y a une souris!". Cela réveilla naturellement en moi les féroces instincts du chasseur ; ni une, ni deux, je me lève et cours vers le salon. Je chope Mafou, et le place devant la cachette de l'intruse. Celle-ci alors fit alors retentir son cri dans la moiteur de la nuit réunionnaise. Et le chat, d'un mouvement souple et ô combien félin, courut se réfugier au salon, effrayé par ce hurlement strident.
Et puisqu'on parle d'animaux sauvages, je pense que le moment est venu de parler d'un sujet qu'Adi veut me voir traiter ici depuis des jours, sinon des semaines... notre (ou plutôt son) nouveau scooter. Je ne pense que cela intéresse vraiment les gens, mais devant l'insistance de ma moitié, je plie (non, je ne romps pas).
On a longuement hésité entre les différents modèles pour finalement choisir celui dont le vendeur nous avait dit "ah, non, celui-là, vous risquez pas de vous le faire voler, c'est sûr". Et, au vu des réactions des gens depuis, effectivement, celui-là, on ne risque pas de se le faire voler (ex: "mais c'est quoi ce scooter de papy?!").
Chacun connaît ma légendaire capacité à synchroniser mes mouvements, et mon sens inné de l'équilibre, nul ne sera donc étonné de savoir que j'ai rapidement réussi à maîtriser la bête. A peine deux accidents, et je l'ai déjà utilisée trois fois fois (enfin, mercredi je l'aurai utilisée trois fois). Et puis, je pouvais difficilement les éviter : la première fois, c'est un peu la faute de la route (ou de la dde, je sais pas) ; je roulais plutôt calmement quand soudain une intersection s'est dressée devant mes pneus. Naturellement, je m'arrête, mais voilà-t-y pas qu'au moment de repartir, alors que je tourne le guidon, le sol est brusquement monté jusqu'à moi (quand j'ai dit à Adi que j'avais eu un accident, elle a été vraiment inquiète ; ses mots angoissés retentissent encore dans ma mémoire, tant leur douce sollicitude réchauffa mon cœur blessé : "T'as cassé le scooter?").
La semaine dernière en revanche, le trajet s'est déroulé sans problème. Mais au moment de rentrer le scooter dans l'appentis, j'ai accéléré pour passer la petite marche qui en marque le seuil ; la roue arrière ripant sur le gravier, je libérai quelque peu la puissance de l'engin. C'est là que je me suis aperçu que les freins ne sont pas suffisamment serrés. A la joie d'Adi, le scooter n'a rien eu. Elle a cependant tenu à ce que je lui prouve que j'étais capable de réparer la porte du fond. Elle voulait aussi que ce moi qui ramène le scooter au vendeur pour le faire immatriculer, mais il est à son nom, je pouvais pas...
T.L.
mercredi 2 septembre 2009
Epectase.
La Mythe était né dans la merde. L'excrément s'était mélangé au lait maternel pour former une pâte onctueuse qui manquait de l'étouffer à chacune de ses tétées avides de marmot braillard. Le corps s'habitue à tout et il aime ça... La bouillie de l'enfance sans souvenir était devenue avec le temps un miel idéal comme déféqué par Dieu lui-même.
Jusqu'à l'âge de sept ans quand il allait à la selle il observait avec anxiété ses jambes écartées sur la faïence espérant à chaque nouvelle poussée recueillir dans ses mains jointes en bénitier sous son anus ne serait-ce qu'un minuscule cailloux laiteux. Lorsqu'il avait fini, il fouillait méthodiquement la masse qui brunissait ses doigts, s'enfonçant dans une dépression de plus en plus noire. Un jour il frappa pendant des heures son visage de ses mains merdeuses, si fort, qu'il s'évanouit. Son père le découvrit le lendemain, prostré dans la salle de bain aux murs éclaboussés. Une pâte collait à ses paupières comme de la terre glaise sèche.
A l'âge de sept ans il fut constipé pendant trois mois. Une sorte de médecin pour le cul vint l'examiner. Il lui déboucha l'extrémité de l'intestin à l'aide de ce qui ressemblait à s'y méprendre aux petites cuillères en argent du service du dimanche, celui qu'on sort quand la famille vient manger ou pour les invités de marque. Le petit demanda s'il pouvait jeter un coup d'oeil sur ce bouchon qui avait la couleur grisâtre d'une vieille merde de chien et n'en fit qu'une bouchée. Son père le frappa alors et lui brisa deux dents de lait. Puis il fallut tuer le médecin du cul qui avait assisté à la scène - pour éviter que le bruit ne se répandit dans le village. Pour ceux qui n'y sont pas habitués, c'est que ça jase vite dans nos petits villages français... Cela ne posa pas problème outre mesure. Le père de La Mythe qui n'usait de la violence qu'en tout dernier recours ou seulement pour le bien de l'éducation de son fils n'eut qu'à lui proposer un café généreusement assaisonné de cyanure. Le médecin tomba lourdement sur la table éclatant la tasse en porcelaine dont quelques brisures vinrent se ficher au milieu de son front ridé comme un cul de vieille. On pouvait distinguer ça et là, entre les sillons creusés par le temps, des motifs bleu qui rappelaient un coq, une oie ou tout autre oiseau de basse-cour, ce qui somme toute lui allait assez bien au teint. Le temps de creuser le trou au fond du jardin, on dut entreposer le cadavre. Une bonne dose de chair pourrie enrichirait considérablement la terre du potager. Il incomba à La Mythe de porter le cadavre jusque sur son propre lit avant qu'il ne reçoive sépulture au milieu des topinambours.
Qui a dit que la mort était raide? Elle est flasque, lourde, désarticulée, un morceau de couenne sans os pour le soutenir. Une flaque de graisse qui dégoulinait entre les doigts de La Mythe, collait ses phalanges. Il le traîna par les cheveux, eut peur de sentir s'arracher le haut du crâne, hoqueta, chancela, vomit, s'essuya la bouche, le prit par les pieds. Son père lui envoya le sien au cul pour le motiver.. La Mythe tomba sur le corps, s'enfonça dans cette motte de beurre rance. Sa bouche rencontra celle du médecin. Il dégueula encore, recouvrant les yeux vides d'un bortsch épais. Le père, excédé par l'impuissance de son fils, le bouscula, chargea le mort sur son épaule gauche sans tituber; Un morceau de vomis presque solide s'envola de la base du nez du médecin pour venir s'écraser lamentablement sur les lames du parquet usé avec un bruit semi- liquide, le même que celui de la merde tombant dans les mains de La Mythe. Une nouvelle fois, son estomac se révolta. Attiré irrémédiablement par le sol, il se chia dessus. Une peur mystique, monstrueuse le transperçait. Il sentait un froid glacial et la trace d'un métal rouillé au fond de sa bouche. Il resta ainsi longtemps, la merde au cul le réconfortait. Il observait la solitude du futur locataire du fond du jardin qui se répandait maintenant sur son lit. Tout à coup, la main menue de l'enfant, volontaire, s'enfonça dans la poche du pantalon du mort, peut-être à la recherche d'un quelconque butin. Elle rencontra un objet dur, vaguement cylindrique qui nichait sous le tissu, attendant de le transpercer. Les boules imberbes du garçon se rétractèrent. Il empoigna le cylindre, le secoua violemment de droite à gauche. La tête du cadavre s'écroula doucement, au ralenti, sur la droite; La Mythe, horrifié, couru se réfugier aux toilettes où il resta jusqu'au soir.
Puis la nuit tomba avec son vacarme habituel, sa lumière aveugle, avec sa manie de violer l'espace conquis par l'homme durant la journée.
La Mythe gagna son lit en rampant comme on aurait rampé devant une idole ou dans la boue. Ses dents à moitié cassées le lançaient encore: des clous émoussés s'enfonçaient dans ses gencives. La marque du père. L'hérédité. Le nez crochu la myopie la maladie arbitraire la connerie crasse et collante. La marque maudite. Il frotta sa main contre l'intérieur de ses lèvres. Il saignait; C'était mérité. Son père le lui avait dit. Le médecin était encore là. Brusquement, le lit le hissa jusqu'à lui, dans sa gangue d'étoffe avec une idée derrière la tête:
-"Un mot de travers le môme, un mot de travers et je t'étouffe. Un seul mot et mes démons te colleront au cul jusqu'à ta dernière nuit."
Un médecin garde ses distances avec son patient. Pas celui-ci. La Mythe sentait son sexe tendu contre ses fesses décharnées. Le lit tout entier sentait déjà la chair pourrie. La chair pourrie, envieuse, quémandait de la chair fraîche. Lorsque les draps se refermèrent sur sa poitrine il sentit le feu de la pourriture lui serrer les côtes. Des lambeaux de peau élastique et puante se détachaient du sommier et se ruaient sur son corps comme la vermine sur un tas de merde, le fouettant jusqu'au sang, se fixant sur lui comme un troupeau de sangsues. Des sangles lui broyaient maintenant les os. La pourriture se mêlait à son sang, s'accouplait avec sa chair. Un geyser lui montait à la tête, martelait le fond de ses yeux. Il s'enfonça dans le matelas.
S.L.
Jusqu'à l'âge de sept ans quand il allait à la selle il observait avec anxiété ses jambes écartées sur la faïence espérant à chaque nouvelle poussée recueillir dans ses mains jointes en bénitier sous son anus ne serait-ce qu'un minuscule cailloux laiteux. Lorsqu'il avait fini, il fouillait méthodiquement la masse qui brunissait ses doigts, s'enfonçant dans une dépression de plus en plus noire. Un jour il frappa pendant des heures son visage de ses mains merdeuses, si fort, qu'il s'évanouit. Son père le découvrit le lendemain, prostré dans la salle de bain aux murs éclaboussés. Une pâte collait à ses paupières comme de la terre glaise sèche.
A l'âge de sept ans il fut constipé pendant trois mois. Une sorte de médecin pour le cul vint l'examiner. Il lui déboucha l'extrémité de l'intestin à l'aide de ce qui ressemblait à s'y méprendre aux petites cuillères en argent du service du dimanche, celui qu'on sort quand la famille vient manger ou pour les invités de marque. Le petit demanda s'il pouvait jeter un coup d'oeil sur ce bouchon qui avait la couleur grisâtre d'une vieille merde de chien et n'en fit qu'une bouchée. Son père le frappa alors et lui brisa deux dents de lait. Puis il fallut tuer le médecin du cul qui avait assisté à la scène - pour éviter que le bruit ne se répandit dans le village. Pour ceux qui n'y sont pas habitués, c'est que ça jase vite dans nos petits villages français... Cela ne posa pas problème outre mesure. Le père de La Mythe qui n'usait de la violence qu'en tout dernier recours ou seulement pour le bien de l'éducation de son fils n'eut qu'à lui proposer un café généreusement assaisonné de cyanure. Le médecin tomba lourdement sur la table éclatant la tasse en porcelaine dont quelques brisures vinrent se ficher au milieu de son front ridé comme un cul de vieille. On pouvait distinguer ça et là, entre les sillons creusés par le temps, des motifs bleu qui rappelaient un coq, une oie ou tout autre oiseau de basse-cour, ce qui somme toute lui allait assez bien au teint. Le temps de creuser le trou au fond du jardin, on dut entreposer le cadavre. Une bonne dose de chair pourrie enrichirait considérablement la terre du potager. Il incomba à La Mythe de porter le cadavre jusque sur son propre lit avant qu'il ne reçoive sépulture au milieu des topinambours.
Qui a dit que la mort était raide? Elle est flasque, lourde, désarticulée, un morceau de couenne sans os pour le soutenir. Une flaque de graisse qui dégoulinait entre les doigts de La Mythe, collait ses phalanges. Il le traîna par les cheveux, eut peur de sentir s'arracher le haut du crâne, hoqueta, chancela, vomit, s'essuya la bouche, le prit par les pieds. Son père lui envoya le sien au cul pour le motiver.. La Mythe tomba sur le corps, s'enfonça dans cette motte de beurre rance. Sa bouche rencontra celle du médecin. Il dégueula encore, recouvrant les yeux vides d'un bortsch épais. Le père, excédé par l'impuissance de son fils, le bouscula, chargea le mort sur son épaule gauche sans tituber; Un morceau de vomis presque solide s'envola de la base du nez du médecin pour venir s'écraser lamentablement sur les lames du parquet usé avec un bruit semi- liquide, le même que celui de la merde tombant dans les mains de La Mythe. Une nouvelle fois, son estomac se révolta. Attiré irrémédiablement par le sol, il se chia dessus. Une peur mystique, monstrueuse le transperçait. Il sentait un froid glacial et la trace d'un métal rouillé au fond de sa bouche. Il resta ainsi longtemps, la merde au cul le réconfortait. Il observait la solitude du futur locataire du fond du jardin qui se répandait maintenant sur son lit. Tout à coup, la main menue de l'enfant, volontaire, s'enfonça dans la poche du pantalon du mort, peut-être à la recherche d'un quelconque butin. Elle rencontra un objet dur, vaguement cylindrique qui nichait sous le tissu, attendant de le transpercer. Les boules imberbes du garçon se rétractèrent. Il empoigna le cylindre, le secoua violemment de droite à gauche. La tête du cadavre s'écroula doucement, au ralenti, sur la droite; La Mythe, horrifié, couru se réfugier aux toilettes où il resta jusqu'au soir.
Puis la nuit tomba avec son vacarme habituel, sa lumière aveugle, avec sa manie de violer l'espace conquis par l'homme durant la journée.
La Mythe gagna son lit en rampant comme on aurait rampé devant une idole ou dans la boue. Ses dents à moitié cassées le lançaient encore: des clous émoussés s'enfonçaient dans ses gencives. La marque du père. L'hérédité. Le nez crochu la myopie la maladie arbitraire la connerie crasse et collante. La marque maudite. Il frotta sa main contre l'intérieur de ses lèvres. Il saignait; C'était mérité. Son père le lui avait dit. Le médecin était encore là. Brusquement, le lit le hissa jusqu'à lui, dans sa gangue d'étoffe avec une idée derrière la tête:
-"Un mot de travers le môme, un mot de travers et je t'étouffe. Un seul mot et mes démons te colleront au cul jusqu'à ta dernière nuit."
Un médecin garde ses distances avec son patient. Pas celui-ci. La Mythe sentait son sexe tendu contre ses fesses décharnées. Le lit tout entier sentait déjà la chair pourrie. La chair pourrie, envieuse, quémandait de la chair fraîche. Lorsque les draps se refermèrent sur sa poitrine il sentit le feu de la pourriture lui serrer les côtes. Des lambeaux de peau élastique et puante se détachaient du sommier et se ruaient sur son corps comme la vermine sur un tas de merde, le fouettant jusqu'au sang, se fixant sur lui comme un troupeau de sangsues. Des sangles lui broyaient maintenant les os. La pourriture se mêlait à son sang, s'accouplait avec sa chair. Un geyser lui montait à la tête, martelait le fond de ses yeux. Il s'enfonça dans le matelas.
S.L.
mardi 1 septembre 2009
-Cet enculé de psy voulait lui faire cracher tous les membres sectionnés, les ventres ouverts, les blocs de viande sans nom, qu'il avait avalé là bas. Mais m'sieur un bras ça r'passe pas comme ça par où c'est rentré. Pass'que ça fait comme un casier là dedans: les crabes qui y sont coincés y z ont plus qu'à se bouffer entre eux. Et après, celui qui reste, le plus fort, qu'a becqueté tous les autres, quand il est enfermé depuis assez longtemps pour croire à l'impossible, ben il s'met à bouffer le casier. Y sortira sûrement jamais mais en attendant il aura fait un putain de dégât avant de crever...
-Chéri... tu viens?? Fous le dehors l'autre là, c'est pas une heure pour s'pointer chez les gens ça. Fous le dehors et viens te coucher...
- Ouais c'est ça, j'arrive tout de suite. Allez venez on va aller boire un verre. C'est pas tous les jours que j'peux parler de mon frère. Le cul de ma gigouenss j'l'ai assez vu pour croire que c'est ma gueule dans le miroir.
-Tu crois que j't' entends pas sale con?
- Ta gueule pouffiasse, tu l'auras ton coup d'queue. Si c'est pas ce soir ce sera demain.
-Un coup d'queue molle ouais. Tu l'as dit ça à ton nouveau pote que tu bandais mou, hein, tu lui as dit? Allez les pédés cassez vous de chez moi et allez vous enfiler au bistrot. Et toi t'avises pas de rentrer ce soir, j't'ouvrirai pas de toute façon.
-C'est ça pétasse va te faire troncher par le voisin, comme d'hab'. Venez monsieur, on y va sinon j'vais la castagner.
Je regardais la bière au fond de mon verre, on aurait dit une flaque de boue après l'orage. Je ne me rappelais plus comment nous étions passés de chez lui à ce pub crasseux. Je ne me rappelais plus avoir bu et pourtant les verres vides couvraient l'étroite table. Il ne restait de la place que pour poser le coude.
-Vous savez la guerre c'est moche. Thierry il était plus pareil après. Il restait des heures assis sur le canapé chez mes vieux, le même livre ouvert sur les genoux. J'me rappelle plus du titre, c'était un grand bouquin étroit, la couverture était noire, je crois qu'il y avait un visage blanc avec des yeux peints en noir aussi dessus. Et on voyait une raie rouge dans les cheveux. Il avait le regard vide, il pouvait rester des jours entiers assis là toujours dans la même position, sans bouger d'un poil. Il fallait lui poser la même question au moins quinze fois pour qu'il y réponde: "Ho Thierry, tu fais quoi là?" "Ho Thierry, tu fais quoi là?" "Ho Thierry, tu fais quoi là?"..."je participe au grand concours d'immobilité. C'est chaud, tu sais...J'ai le bassin qui crame. Ca aide pas pour rester assis. Théoriquement j'ai même pas le droit de parler, mais bon, là ça va encore. Quand ce sera la finale, là faudra pas déconner. Parce que les japs ils déconnent pas eux, c'est des chauds les mecs à ce jeu..."
Complètement allumé le Thierry j'vous dit. Vous savez la guerre ça vous...
Je n'ai pas très bien compris ce qui se passait à ce moment précis. Je lui écrasai mon verre en travers de la gueule comme si j'avais voulu le forcer à boire un peu plus énergiquement. L'autre me regardait avec ses gros yeux de poisson d'élevage, des bris de verres constellaient ses lèvres, le vrai sourire émail diamant. Au moins il l'avait fermée sa gueule. Il la bouclait même de ses deux mains, et les mots qui filtraient de ses gros doigts étaient bien rouges, je pouvait les voir: de la bonne barbaque saignante.
S.L.
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