Jusqu'ici La Mythe avait eu pas mal de chance avec les gonzesses. Il n'était toujours tombé que sur d'authentiques salopes, et ce depuis la petite Manon dont on aurait pu croire - à tort et au grand damne de La Mythe - qu'elle serait morte après son baiser carnassier en classe de C.P. La petite blonde après avoir servi un temps de vide-couilles à l'équipe de rugby locale, ce qui était le signe soit dit en passant d'une véritable notoriété, était désormais en contrat qualif' à Tif Création, haut lieu de la coiffure Landaise. Ah, il lui en avait fallut du courage et de l'abnégation pour supporter les coups de boutoir des troisième lignes dacoises et plonger dans la mélée sur l'air de "allez la chatte, allez, allez..." mais elle avait vite pris le pli et entonnait parfois elle aussi ce chant bourgeois, adoucissant de sa voix féline et aérienne les basses masculines.
Après la déconvenue que représenta donc cette première et courte romance, La Mythe se rendit compte que l'amour était souvent unidirectionnel et que le changement faisait du bien à la gueule. Son apprentissage avait commencé de la meilleure façon qui soit et allait continuer sur cette lancée.
Il entra, comme la majorité d'entre nous qui ne nous étions pas fait violés par nos parents ou nos grands frères, puceau au collège, avec la ferme intention de changer cet état de fait. Il avait toujours, ancrée dans un coin de sa tête, la sentence définitive qu'avait un jour prononcé le père de son meilleur ami, les prenant ainsi à parti au milieu d'un match de ping-pong éreintant: " eh, les p,tits mecs, vous verrez comment c'est le cul. Là vous commencez à y penser mais quand vous aurez niqué une fois vous ne penserez plus qu'à ça." Et il ne fallait pas plus de deux sous de jugeotte pour constater qu'effectivement le cul était un des plus influents gestionnaire du monde adulte.
En classe de sixième il retrouva la douce Emilie qui avait redoublé et attisait sa convoitise depuis qu'il avait dansé avec elle lors du spectacle de fin d'année de maternelle, déguisé en cow-boy, sur le hit indestructible de la compagnie créole "Au bal masqué". Au fil de l'année cette passion s'installa doucement jusqu'à devenir une véritable obsession. Lorsqu'enfin il n'y tint plus il envoya son grand ami Julien "demander" à Emilie, comme on disait à l'époque. Il attendit en se rongeant les sangs et les ongles assis sur le banc du préhaut Nord. C'est drôle comme parfois le temps se déploie et ouvre le chemin à une protubérance sentimentale accompagnée de toutes sortes de voix intérieures. Les différents Moi de La Mythe débattaient encore de la puissance d'un amour idéal quand Julien revint l'air rigolard, ce qui excita la confiance de notre héros.
- Alors?
- Ben alors... Elle a dit que t'étais vachement mignon mais qu'il y en avait trop dans la file d'attente.
Et comme le sort est souvent ironique, Emilie devait déménager La semaine suivante. La Mythe ne la retrouva que huit ans plus tard, lui, faisant la queue, elle, caissière au Monoprix de Bassens et manipulant le scanner sur le pack de seize qu'il avait prévu d'acheter.
Sa scolarité en sixième 7 s'écoulait sans anicroche ni pénétration. Mais bientôt le printemps arriva accompagné de cette odeur si particulière qui vient claquer sur la langue et appelle le roulage de pelle. Les adolescents s'y trompent rarement et lui aussi eut vite droit à son litre de bave journalier. La première qui lui mouilla les amygdales répondait au doux et particulier prénom de Floriane, ce qui s'accordait tellement bien avec cette période de l'année où les bégonias fleurissent.
Une turbine que c'était la Floriane de la sixième 3, une perceuse-visseuse de compèt' qui pouvait vite te limer le filetage et te casser toutes les dents d'un coup de langue. La Mythe fut surpris de ces premiers échanges érotiques mais il ne dit rien. Il fallait bien faire comme tout le monde, sous peine de passer pour un puceau, ou pire, un pédé.
En plus de sortir d'un étui estampillé Black et Dekker, on pouvait aisément pour achever de la décrire filer la métaphore animalière tant elle ressemblait à un flamand rose par son teint et sa taille qui obligeait La Mythe à se casser le cou à chaque baiser. Il suffit d'observer n'importe quelle idylle adolescente pour conclure que la minerve le guettait. Mais voilà l'affection ressemble à plus d'un titre à un rongeur nuisible et aime à se fourrer dans les endroits les moins hospitaliers pour y élire domicile et entamer son travail de sape.
S.L.
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