mardi 22 septembre 2009

L'île partie 5: accident.

Parce que c'est pas souvent qu'il nous arrive de vrais aventures, il faut quand même que j'écrive un petit mot sur celle-ci (histoire aussi d'éviter de la raconter quinze fois de plus, avec toujours de nouveaux détails).
Alors voilà : tout a commencé dimanche matin, quand le réveil a sonné, à six heures précises... ah non, sept heures, parce que quand Adi m'a dit "tu mets le réveil" la veille (j'allitère bien, hein ?), mon doigt a malencontreusement fourché ... Je passe sur les quelques rapides minutes qui suivirent la découverte de cet impair. Toujours est-il que nous nous retrouvâmes crasseux et aussi décaféinés que la chicorée de ma grand-mère dans la voiture qui devait nous conduire dans la plus belle de nos ballades. C'est sans encombre que nous roulâmes les cinquante premiers km (forcément, un dimanche à huit heures, c'est plutôt calme, ils sont pas complètement fous les gens). On s'est arrêté prendre du pain, le temps pour Adi de s'entendre souhaiter "Bonne fête" (oui, c'était la fête des mères, et à vingt-huit ans, quand même...), et nous voilà repartis vers un avenir qui n'était pas aussi radieux que nous l'eussions espéré. Car, à peine avions-nous dépassé une assez longue clairière rocailleuse (oui, la coulée de lave de 2007), voilà-t-y pas que la route s'en prit à nous (à force de la regarder de haut aussi...). Je ne m'en suis pas tout de suite aperçu (je rappelle que j'avais pas de caféine dans le sang), mais rapidement, la réalité s'est imposée à moi (hé oui, on peut pas toujours mettre des œillères ?) : nous dérapions.
Si vous voulez comprendre ce qu'on a vécu, il faut lire la suite en temps réel. Trois à quatre secondes maximum. C'est parti.
Donc, j'ai eu la nette impression que nous dérapions. Je me tournai alors vers Adi, et là, mon sens inné de la psychologie en général et féminine en particulier me fit comprendre que ce n'était pas tout à fait le moment de poser des questions (du genre "On dérape, non ?"). En effet, elle braquait à fond le volant vers la gauche alors même que, j'en étais sûr, la virage était vers la droite, et fixait la route d'un air quelque peu crispé, comme pour lui intimer de bien vouloir rester sous les roues de la voiture. Et, un instant, je crus que cela marchait. Puis, j'eus la très nette impression que l'arrière de la voiture cherchait à en doubler l'avant par la gauche. Adi a dû avoir à peu près la même sensation, puisqu'elle était maintenant en train de tordre le volant vers la gauche, sans doute pour couper la route à l'arrière-train. C'est à peu près à ce moment que la route réussit à s'échapper. Et là, il me faut m'inscrire en faux contre tous ceux qui disent qu'on voit alors sa vie défiler. Ce qui se produit alors, c'est une invraisemblable production de platitudes par le cerveau, sans doute primitif ("Merde, on a dérapé." "Merde, on va avoir un accident." " Putain, on va pas réussir à s'arrêter." "Merde, je parie qu'on va aller dans le ravin." ;" Putain, on s'est retourné." En revanche, j'ai effectivement pensé tout ça très vite, mais cela se comprend vu la qualité de la réflexion).
On s'est extirpé de la voiture ; on avait rien. Adi a bien essayé de saigner, pour la forme, mais le coeur n'y était pas. Et, comme elle ne perd pas son sens de l'organisation pour si peu, elle a dit "il faut qu'on récupère les papiers, le sac, l'appareil photo,etc.". On avait pas de quoi siphonner le réservoir, c'est con parce qu'on venait de faire le plein. Et le garçon qui roulait devant nous et nous avait vu disparaître de son rétroviseur ("je savais bien qu'il y avait pas de chemin, ici, c'est pour ça que j'ai fait demi-tour quand je vous ai plus vus") est venu nous porter secours. En fait, surtout nous emmener chez les pompiers qui nous ont auscultés, préparés du café, des beignets de crevette et d'aubergine, et ont appelé un gars qui nous a vendus une nouvelle voiture (oui, ils sont très, très efficaces).
Bref, un bon dimanche, surtout que maintenant on a une voiture avec une autoradio qui fonctionne, une roue de secours, et des portes qui ferment. Et qui est rouge.

T.L.

Aucun commentaire: