vendredi 11 mai 2012

Des rapports qu'entretiennent sujet, moyens et fins.


  

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 Photographe inconnu, Weegee à sa machine à écrire dans le coffre de sa "Chevy." de 1938, 1943.

MARY MARGARET MCBRIDE: Who's always been madly in love with New York City, but maybe Weegee, I'm not quite as much in love with it as you are. The way everybody talks about you and this book, this beautiful book that you've done, I think maybe you not only love it better than I do, but you know it a doggone sight better than I do. You've been studying it how long?
WEEGEE: Well, all my life, down on all the streets, I know 'em all because I drive all night long. I know every block, every sign-post, every cop, every beggar, every . . . everything
(...)
MCBRIDE: I know in Naked City, that picture of a man just sitting on the curb. You took that and then suddenly he gets up to walk across the street and an automobile knocks him down and he's killed right there before your eyes, and your camera records the whole thing.
WEEGEE: Yeah, it was a very sad thing, I mean, sometimes . . . I cry, I mean, but I can't help it. I figure it's my job to record these things, the same like the cops and ambulance driver arrive on a scene, I'm there too. Incidentally, if I arrive at the fire after the fire engines do, I feel disgraced and hurt. 


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« Il faut être enragé pour travailler dans les conditions où je me trouve. Je travaille à l’aveuglette ; je n’ai aucune reculée. Ne serai-je jamais casé comme je l’entends ? Enfin, dans ce moment-ci, je suis sur le point de finir 50 personnages grandeur nature, avec paysage et ciel pour fond, sur une toile de 20 pieds de longueur sur 10 de hauteur. Il y a de quoi crever. Vous devez imaginer que je ne me suis pas endormi. »

Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, 1849-1850.


N.H.





lundi 14 février 2011

De l’art de ne point faire d’erreur. Deuxième partie.

Il est des instants d’extrême solitude qui feraient passer le désert de Gobi pour un centre commercial Auchan un samedi à 19h30. Il en est d’autres de silence qui font ressembler les abysses au volume de son dégagé par un mur d’amplis dans un concert de Slayer. C’était ça. Sa chambre était devenue un sous marin sans sonar. Même tapoter négligemment sur son sexe aurait été un geste de trop et aurait attiré les pires prédateurs qui l’auraient mis en pièce dans la seconde. Putain, elle voulait pas se barrer cette conne ? Déjà elle l’entourait de ses bras comme pour lui signifier une condescendante déception qui lui donnait envie de l’étouffer avec le traversin. « C’était pas si mal tu sais… Julien et Nicolas étaient moins bons… Avec un peu de pratique tu pourras peut-être me faire jouir. Je crois que ça vaut le coup qu’on reste ensemble un petit peu. Pour voir, quoi... ». Ah ben merde. S’il s’attendait à ça. On lui proposait de passer l’éponge et de re-signer pour une saison en vue d’obtenir le titre, et en plus de ça le coach lui conservait toute sa confiance et le réintégrait dans le cinq majeur. Il n’y avait pas une seconde à perdre : deux trois étirements et il fallait repartir à l’entrainement au pas de course. Combien de temps avant de rendre les clés du gymnase ? Trois quarts d’heure. O.K.. Série de lancers francs pour s’échauffer. On taquine une petite bouteille vite fait, une dizaine de shoots à mi distance et on recule à trois points. Ca touche l’arceau, en fait le tour et ça ressort, on part au rebond et on répète l’opération. On tend l’oreille pour écouter les conseils avisés du coach –« Tu la tiens mal. La main plus sur le côté. Ouais, c’est ça. Prends la mieux, bordel ! ouais, dans l’axe, comme ça. Mais merde, t’as pas de toucher ou quoi ?! Voila, c’est bien… » – Putain il était dans la zone cette fois ci, comme on disait dans le jargon. Pas deux fois les mêmes erreurs. Il respirait à fond, ne prenait aucun shoot trop rapidement. C’était ça, comme ça qu’il fallait faire. La branlée avait changé de cible et il entendait le public hurler son nom.

-« Ouais c’est ça dis mon nom. Gueule-le. J’vais enchaîner les paniers et tu vas pas toucher une bille ! »

-« Putain mais qu’est ce que tu barjèques ?! Tu m’as coupée là avec tes conneries… ».

Bon, il s’était un peu laissé aller trop loin du lit, jusqu’au Madison Square Garden. Mais c’était somme toute une assez bonne tactique pour casser le rythme du jeu et apparemment ça décontenançait bien l’adversaire. Voire même un peu trop, le but n’étant pas de gagner par forfait.

Cette matinée lança le début de sa première relation d’adulte. Marie laissa tomber les bougies d’anniversaire et choisi notre basketteur en herbe bien qu’il n’eût aucune chance de jouer un jour ni en NBA ni en pro A. Le mois de mars était bien entamé, l’hiver finissait tranquillement, tiens, on aurait du soleil tôt cette année, oh oui, il fait déjà doux. Que voulez-vous ? Il n’y a plus de saison ma bonne dame. Les bruits du monde extérieur ne parvenaient plus à La Mythe que comme un amas de sons informe et absurde. Un sourire débile lui mangeait continuellement la face et son intellect flirtait dangereusement avec celui d’une amibe. Ses yeux affectés d’un continuel nystagmus devinrent aussi expressifs que ceux d’un koala pris d’une indigestion d’eucalyptus. On frôlait la catastrophe. Bien heureusement, le mois d’avril arriva et la classe de Marie, les troisièmes 1 lv1 allemand option latin partaient en voyage scolaire en Italie, Pise-Florence-Rome, accompagnés des troisièmes 3 lv1 espagnol, option latin eux aussi, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils partaient en Italie ensemble. Les adieux ne furent pas déchirants puisqu’ils se revoyaient la semaine d’après et que La Mythe et Marie formaient le couple le plus solide du collège : ça durait déjà depuis trois semaines. Ils étaient sûrs de leur amour partagé.

Elle était partie depuis deux jours quand Cécile vint le trouver près du préfabriqué 7.

-« Eh, tu sais, j’ai eu Marie au téléphone hier… »

La Mythe ne savait même pas que l’on pouvait appeler de si loin. Bon, ok, il se remémorait des scènes de films où il était question d’appel en PVC ou quelque chose comme cela mais c’était aux Etats Unis d’Amérique et là bas les téléphones n’étaient sûrement pas branlés pareil… Bon, et puis qu’est ce qu’elle lui voulait la Cécile exactement ? Elle ne pouvait pas le blairer et c’était plus que réciproque.

-« Apparemment elle s’ennuie pas, le car ça a été chaud d’après ce qu’elle m’a dit.

-Ah ouais… Genre ?

-Ben… y’a Jimmy là bas aussi… »

Ses boules, en un seul mouvement s’étaient tout d’abord rétractées avant de monter bien haut jusqu’à choquer contre ses yeux avant de tomber avec un mou fracas au fond de son caleçon ; Puis elles glissèrent doucement le long de chaque jambe et roulèrent sur le goudron de la cour. Lui seul les avaient vues se carapater et il n’osait pas bouger de peur de les écraser.

Jimmy était le meneur de l’équipe des troisièmes ; Il était petit, plus petit que La Mythe, avait les jambes arquées et portait un tarin énorme sur une gueule en biais. Mais il était meneur. Rapide, adroit et nerveux. Le poste clé. Celui qu’on voit sur le terrain. Celui qui distribue des caviars et doit prendre les shoots cruciaux.

Avant la fin de la journée, le collège tout entier était au courant et des nuées de charognards piétinaient les testicules de La Mythe qui ne disait plus rien. C’était Verdun sous son crâne. Les bases avant s’étaient faites écrasées en un rien de temps et une artillerie démoniaque pilonnait son armée en déroute qui n’avait nulle part où se replier. La plaine hurlante et sifflante à perte de vue. Ah ouais, c’était comme ça ?! Alors d’accord, on allait crever mais le peuple entier se souviendrait longtemps de cette traîtrise et n’aurait de cesse de préparer la vengeance.

Il rentra chez lui après les cours comme si la journée avait été normale. Il s’allongea dans son lit dont il n’avait pas changé les draps depuis un mois pour continuer à dormir dans l’odeur de la chatte de Marie, se releva et finalement changea les draps. Il faudrait les brûler. Plus tard. Il ressortit toutes les lettres qu’elle lui avait écrites et les relut l’une après l’autre en tenant le papier parfumé du bout des doigts. Les mots n’avaient aucun sens. Ils ne servaient qu’à enfermer la réalité dans une prison dorée dont la porte ouvrait sur un champ de mines anti-personnelles. Il n’aurait jamais dû se livrer. De toute façon ce n’était que de sa vulve qu’il était amoureux. Les dégats seraient donc limités et la reconstruction rapide. Il entassa toutes les lettres sur un coin de son bureau et les entoura de fil de cuisine. Hormis le poids et la texture, on aurait dit un pavé. Putain, autant d’encre waterman, des litres de parfum et au moins deux ou trois arbrisseaux pour en arriver là. Il était tombé dans une faille extra-temporelle, c’était la seule explication possible. Allez, au pajot. Ca irait mieux demain. Sûrement, ouais, t’as qu’à croire. Le lendemain c’était la même merde. A peine eut-il franchi l’enceinte du bahut que trois « potes » lui sautèrent sur le rable : « Alors ? Tu vas faire quoi ? Hein ? Tu vas la défoncer, hein ? Dis, dis, dis… ». C’est eux qu’il avait envie de défoncer, puis tous ceux qui savaient, tout le collège quoi, puis le monde entier. Ca montait, ca montait mais pas moyen d’évacuer cette merde, comme dans une cocotte minute sans sifflet. C’était pas dit qu’il tienne jusqu’au retour des troisièmes avant d’exploser et de mordre à la jugulaire la première personne qui frôlerait de trop près sa mâchoire. Il avait déjà l’incisive rétractile et la molaire qui crissait. Il lui était impossible de penser à autre chose et en même temps il n’arrivait pas y penser vraiment. Les jours ne passaient pas vite mais il ne les voyait pas passer. Le monde avait perdu sa réalité, simplement parce qu’il avait accordé sa confiance et qu’on l’avait trompé. Putain de désastre. Putain de bordel de merde. Putain de salope.

Enfin, elle arriva. Quel jour de la semaine était-ce ? Ce dont il se rappelait, c’était qu’il était arrivé très tranquillement au collège, à huit heures, comme d’habitude. Il ne chercha pas à la voir avant le début des cours. Elle ne vint pas non plus. A la récréation de dix heures il resta appuyé contre le mur du préfabriqué, attendant la deuxième heure du cours d’anglais. Elle ne vint pas plus. Il n’y alla toujours pas. Il s’était dit que peut-être, si elle venait le voir… Mais non. C’était trop tard depuis longtemps. Il avait décidé de l’humilier. Pendant le cours, au feutre rouge, il inscrivit un mot sur chacun de ses poings. Sur le gauche on pouvait lire « chienne ». Sur le droit « salope ». Quelle originalité, hein… ?

Enfin, la cloche sonna midi. Il était du deuxième service pour le self, tout comme Marie, il le savait. Il se dirigea calmement vers le stade, en faisant bien attention de ne pas se presser. Cette histoire était derrière lui désormais. Malgré sa vue basse, du plus loin qu’on pouvait la distinguer, il la vit. Elle aussi le vit. Il se planta là, attendant qu’elle vienne vers lui. C’était à elle de se déplacer, non ? Elle ne bougea pas. De plus en plus, le sol se dérobait, le cœur venait lui claquer dans la bouche y libérant un goût de métal froid et rouillé. Il fit un pas vers elle. Elle ne bougea pas plus et le regarda droit dans les yeux. La pute ! Il se sentait presque fautif… Mais de quoi ? C’était elle, pas lui, qui avait merdé. Il avança, tirant le plus qu’il pouvait sur ses manches pour dissimuler les mots qu’il avait été fier d’inscrire sur ses mains une heure auparavant et qu’il avait exhibé dans un silence de mort face à ses camarades qui avaient tous bien senti alors que l’heure n’était vraiment plus à la déconnade. Il arriva enfin jusqu’au groupe de filles qui entouraient Marie. « Je peux te parler, s’il te plait ». Pauvre connard ridicule. Qu’est ce que tu fais, là ? Fous lui une branlée direct. Surtout dis rien, fous la à terre et traine la par les cheveux jusqu’au parking où tu l’attacheras à la boule de caravane de la première bagnole en train de chauffer . Là elle sentira la violence de ton amour, trainée sur le pavé de la vieille ville à 90 kilomètres à l’heure. Elle lui répondit « Ben vas-y, parle ». Devant toutes ses amies. Aucun son ne sortit de sa bouche, comme si un énorme morceau de gâteau au yaourt était resté coincé loin dans sa gorge. Il n’arrivait même pas à déglutir. D’un geste ridiculement théâtral il jeta le pavé de lettres à ses pieds alors qu’il aurait voulu la gifler avec, pisser dessus et le lui faire bouffer. Puis, demi-tour droite, il partit.

Deux jours plus tard, il reçut une nouvelle lettre affranchie d’un timbre qu’il n’avait jamais vu. Elle venait d’Italie. C’était Marie. Elle lui expliquait combien elle regrettait et lui demandait de bien vouloir lui pardonner, si c’était encore possible, car elle voulait rester avec lui. Pendant un bon mois, tous les soirs, il pleura dans son lit, étouffant les sanglots en s’enfonçant la tête dans le traversin jusqu’à perdre son souffle. Il ne lui adressa plus jamais la parole.



S.L.


Excéder le documentaire: La BM du seigneur, Jean-Charles Hue.




N.H.

lundi 3 janvier 2011

De l’art de ne point faire d’erreur. Première partie.

Tout s’enchaîna alors très vite pour notre petit héros musqué. Très vite, et assez bien si on regarde par la lorgnette de ses désirs adolescent. Après ces quelques errements qui étaient les prémisses obligés de la vie amoureuse, on ne tarda pas à lui dévoiler les charmes qu’il avait espérés aussi glabres et humides que peut l’être un sexe féminin tout juste pubère. Le collège est le terrain d’un jeu dont les règles évoluent sans cesse perdant volontiers les sportifs les mieux aguerris à ces parties. Ainsi, et de la même manière, les alliances les plus douteuses sont permises et celles qu’on croyait éternelles, on les voit prendre fin à cause d’une simple rumeur, d’un bon mot mal interprété… S’ensuit en général une rancune indéfectible que même le sang de toutes les femmes et enfants de la famille incriminée ne pourrait apaiser si on le faisait couler. Mais le sort peut aussi vous réserver une place au soleil en attendant de prendre celle-là même du soleil. Ce fut le cas pour La Mythe qui devint Apollon cette année là et ce pour deux raisons majeures : il adopta la coiffure improbable dite du « gnou », étrange mélange entre la coupe au bol et la raie au milieu, le tout s’achevant par le bâillement de deux mèches relevées par une bonne plâtrée de gel qui laissait apparaître sur un front luisant quelques bouton rougeâtres tendus de sébum comme si trois gyrophares illuminaient constamment une rue pluvieuse du Bronx. C’était la coiffure qu’il fallait avoir à cet endroit, à ce moment. La deuxième raison de ce succès fut le basket. 1992, l’âge d’or du basket et du hip hop new yorkais, le passage en cinquième pour La Mythe. 1992 fut une année charnière pour la culture occidentale. Ils étaient quelques uns à avoir senti le vent tourner et à délaisser les crampons du football et du rugby pour les Nike force ou, pour les plus aisés, pour les air Jordan et les Patrick Ewing. La fin du XX ème siècle serait américaine, ils le savaient, même si certains s’évertuaient encore à écouter Ace of base ou East 17, le vieux continent sentait la poussière et les cendres et rien n’y pousserait plus sans un ferment porté par les vents d’ouest. La Mythe n’était pas noir, ne dépassait pas 1 mètre 65, et, plus grave, ne chaussait pas du 45 mais dès que ses mains caressaient le doux et rond cuir, l’esprit des plus grands l’habitait. Magic Johnson pouvait trembler face à ses gestes agiles et ses passes à l’aveugle, les épaules de Dennis Rodman ne supportaient pas ses assauts plus d’un quart temps dans la raquette, il faisait pâlir Larry Bird à trois points et faisait chuter le pourcentage de Stockton si bas que celui-ci s’en allait rejoindre le banc, piteux, sans même un regard vers Malone. Bon, Jordan c’était une autre paire de manches et il fallait quand même qu’il déploie tout son génie pour le mettre en échec, mais il l’avait déjà battu plusieurs fois en un contre un avant que celui-ci ne reprenne la main durant le septième match .
Ils étaient quelques uns à partager la même passion et passaient le plus clair de leur temps à s’envoyer des Spalding ou des Wilson en travers de la tronche grâce à des blind-passes toujours plus farfelues. Certaines ne s’y étaient pas trompées et chaque récréation voyait un attroupement singulier de jeunes donzelles piailler autour des deux terrains du « stade » qui résonnait des rebonds, bricks et insultes typiques de ce jeu. En plus d’avoir les deux mains occupées par le caoutchouc il fallait s’en ménager une troisième pour se replacer constamment la mèche et une quatrième pour s’essuyer le front qu’un mélange de sueur et de gel souillait. De toutes les amatrices de basketball, une se dégageait très nettement : Marie. Marie, troisième, que tous les cinquièmes convoitaient. En effet elle avait déjà étrenné les classes supérieures, en tous cas ce qu’il y avait là haut de consommable sans prendre de risque inconsidéré pour son hygiène intime, rappelons en effet que notre histoire se déroule dans des contrées fort reculées et que, de plus, à l’adolescence ils sont encore pléthores à considérer le savon comme une valeur bourgeoise et citadine. Elle était de celles qui avaient du goût, un goût certes étendu et peu regardant, mais qui était sûr car il faisait le choix de la mode. Julien était-il en vue ce mois d’octobre en semaine B grâce à l’achat d’un magnifique Booster ? Elle se montrait partout, du préhaut Nord à la vie scolaire, pendue à son bras. La semaine d’après voyait-elle le règne de Nasser arriver ? Qu’à cela ne tienne elle préparait un exposé sur la germination des pommes de terre avec l’élu Nasser vêtu de son incomparable coupe-vent Oxbow. Elle était libre, belle et conquérante là ou d’autres auraient simplement dit salope. La Mythe n’était pas de ceux qui jugeaient trop hâtivement et attendait son heure qui était d’ailleurs programmée, il le savait, pour le jour de son anniversaire.
A ce stade de l’histoire il nous faut faire une courte pause pour expliquer l’accord tacite qui s’était installé cette année là entre l’équipe de basket de cinquième et Marie. Les origines de ce traité se perdent dans les obscures archives du collège Langevin mais le fait est que chacun des membres de l’équipe se voyait défloré par notre nouvelle héroïne lors du jour commémoratif de sa naissance. Ainsi le tic tac de l’horloge se mêlait aux crissements du parquet et ensemble ils égrainaient doucement les heures qui séparaient La Mythe de ce qu’il se figurait être le paroxysme de son existence. Tout vient à qui sait attendre et il attendit d’autant mieux qu’il était sûr que ça viendrait : on ne brise pas si facilement une promesse collégienne. Ainsi le mois de mars vit débuter une nouvelle idylle derrière l’internat. « Tu veux sortir avec moi ? », moins d’une minute de tractation et l’affaire était dans le sac et la langue dans la bouche. O délices, jamais, jamais La mythe ne s’était douté que c’était cela un baiser. Quelque chose qui n’avait rien à voir avec un simple échange baveux et faisait s’ouvrir tous les sens comme une corolle et se dresser la bite comme... Bon, toujours était-il qu’on ne lui avait donc pas menti, ni sur l’amour, ni sur Marie. Les deux avaient en commun ce côté humide, chaud et électrique qui te foutait direct dans un état vaseux que la plus chargée des douilles pouvaient à peine te procurer. C’était la Jamaïque, Kingstone allez simple, c’était le bayou Floridien qui avalait chacun de tes pas et ne te le rendait qu’après un savoureux bruit de succion, c’était l’ouragan Katrina qui te foutait la branlée du siècle comme à La Nouvelle Orléans . C’était la bouche de Marie qui t’aspirait le cerveau. La Mythe osait à peine penser à l’effet qu’elle provoquerait si elle s’approchait à moins d’une dizaine de centimètres de son sexe. Ou plutôt si, il savait que cela entrainerait une éruption telle que cet instant verrait l’éradication pure et simple de tous les dinosaures qui vivaient dans son jogging Adidas Challenger rouge. Et pourtant il faudrait assurer. Marie avait de l’expérience et attendait un homme, ce qu’il était à deux doigts et à une semaine d’être après tout. Il aurait douze ans samedi et devrait se trouver en mesure de satisfaire une vraie femme, de deux ans son aînée. Il s’imposa donc un entrainement de tous les instants, regardant peu aux sacrifices à consentir. Ses journées étaient ainsi rythmées par de très fréquents éjaculats et chaque seconde était consacrée au contrôle de l’excitation intense que provoquait chez lui Marie. Il se blindait et se vidait au maximum en prévision de ce jour qui changerait irrémédiablement sa vie.
Ce jour arriva. Samedi matin. Personne à la maison. Lui seul. Des draps propres. Un jogging Adidas Challenger neuf pour l’occasion acheté la veille à Sport 2000. Un jogging couleur bleu roi qui claquait sévère. Un choix de préservatif si vaste qu’il aurait pu ouvrir le premier sex-shop de la région. Et Marie arriva en Ciao, trempée comme un lac. Il pleuvait des cordes ce samedi 7 mars 1993. Une serviette, pour éponger sa chevelure dégoulinante, merde elle était sale, bon tant pis, tout ne pouvait pas être parfait. Il était 9 heures, il lui restait plus au moins trois heures avant le retour du padre. Tout juste assez s’imaginait-il pour pouvoir satisfaire la putain céleste qui se présentait, certes aussi mouillée que la Dordogne en crue, mais digne et effrayante d’assurance pour ce qu’ils avaient à faire. On monta doucement l’escalier en colimaçon jusqu’au grenier, en chancelant à peine, bien qu’étroitement enlacés, collés par les lèvres. En cinquante-six mouvements experts elle fit tomber son jogging. Une demi-heure plus tard elle tirait toujours sur l’élastique de son caleçon. A ce stade de la matinée ils n’avaient guère échangé plus de deux ou trois paroles pour se saluer quand La Mythe cru bon de briser ce silence religieux pour prononcer cette phrase plus qu’à propos : « bon, tu comptes me sucer un jour, ou bien ? ». Il est d’ailleurs dommage qu’on ne puisse ici rendre compte de l’accent qui rajouterait une empreinte réaliste à la scène. Toutefois, et pour ce faire, imaginez, ce qu’est pour vous le parler chantant de la campagne, et cela ira bien. Cette formule eut l’effet magique escompté, on ne lui avait pas menti au sujet de la Marie et de son tempérament brûlant : elle obtempéra sur le champ. Tout s’accéléra alors mais tant, que La Mythe dut décrocher la bouche de son sexe moins d’une minute après qu’elle y eut goûté pour ne pas trop vite venir. Le projet n’était pas simplement d’aller s’écraser au fond d’une gorge ou contre un quartet de molaires. La suite de l’opération fut extrêmement délicate et bien que préparée, ce ne fut pas ce que l’on put appeler une franche réussite. Une bonne heure et demie s’était déjà écoulée quand il arriva enfin à dégrafer le soutien-gorge Pro-Mode acheté par lot de six, il les avait vu en promotion la semaine passée au Leclerc route de Madrazès. Au moins ce laps de temps avait eu le mérite de calmer notre jeune étalon. Enfin, le slip en coton tomba. Et commença la vraie galère, qui lui parut durer une double éternité. Ses doigts sentaient bien quelque chose de mouillé et légèrement gluant qui ne semblait pas dépendre de la pluie mais ils n’osaient s’aventurer trop avant bien que Marie tendit son bassin. Ces tâtonnements ne changèrent finalement pas grand-chose à l’issue du combat : elle prit la chose en main et bientôt l’introduisit. Ce fut « un cri, un hurlement de bandit, la rébellion des frères de zèrmi donc trois fois plus de bruit ». Toute sa tête choqua comme s’il avait heurté un platane de plein fouet à 50 kilomètres heure sur un Chapi. Il fallait se reprendre, reprendre possession de la balle, rentrer dans la bouteille et shooter. Maintenant il devait assurer. Il bougea, comme il savait qu’il devait bouger pour éviter la défense. Il bougea encore multipliant les gestes les plus fous, encore et encore. Un temps qui lui parut une éternité il garda la balle. Il bougea, encore une fois et demie et se laissa aller. Il prit le risque et tira en direction du panier. Le silence. Pas de standing-ovation. Un regard rapide en direction du radio-réveil placé à côté du banc de touche où il lui semblait que toute son équipe le regardait d’un seul et même œil désabusé… A peine sept minutes s’étaient écoulées et le match ne pouvait reprendre. Il savait par avance que ce serait dur tant l’adversaire semblait adroit. Il avait cru être à la hauteur. Jusqu’à l’entrée sur le terrain il y avait cru. Lors de l’entre-deux il y croyait encore. Il avait pris la raclée du siècle.

mercredi 8 septembre 2010

Jaune/émeraude/turquoise/anthracite/indigo/mauve/ébène.

Avant quand je ne vivais pas, je ne m’en souviens pas. Et J’ai rencontré un nouvel ami aujourd’hui. Il m’a tapé sur l’épaule. Et Je me sens plus fort. Je me sens plus proche de l’invincibilité.

Aussi soudainement qu’un sourire, il y a toujours eu ce moment où les choses se précipitent. Avec beaucoup de couleurs. Bleu. Demain je serai léthargique. Je vais me faire avaler par le soir. Avec un alibi douteux. Je veux cette passion en 4 ou 7 lettres, 2 ou 3 syllabes. Épargnée par le vent. Comme la chanson. « Yesterday I was young / Today I’m hangovered ». La la la. Je veux le corps d’une femme, à bout portant. Doucement. Aimer doucement. Effrayant.

J’accélère toujours les choses. Je me suis accéléré un jour de pluie et le lendemain assis sur une terrasse de café. Avec lui.

Drame du quotidien = l’écume endormie à mes pieds + un immeuble qui grandit par effet de perspective + lui + les choses qui passent comme elles finissent toujours par le faire, avec des couches successives d’enlaidissement.

Merde. Il a insisté pour que je revienne. Il me rattrape toujours et me fait flancher. Déjà usé par la façon avec laquelle il regardait les autres. Je pense que je devrais lui crever les yeux, en faire un martyr bas de gamme.

Et comment est-il possible qu’un aveugle puisse sourire ?

C’était comme ce rêve.
Plage de nostalgie. Irritations chromatiques.
Il y a des visages qui traînent par terre : é-vi-ter de leur marcher dessus. Mes yeux laissent des empreintes sur le sable, peut-être quatre. Bilan : j’ai du sable plein les yeux. Ce n’est pas drôle.
Il y a des égarements : je marchais là, dans l’eau, ou plutôt : SUR l’eau. Aujourd’hui je me suis perdu dans les travers de la gravité.
Il y a des écrasements : l’eau écrase la matière. C’est aliénant.
Il y a des asymptotes : A quel moment sait-on qu’on n’est rien d’autre qu’une asymptote ? Un chemin tracé, un idéal à atteindre, un idéal rouge. Oui voilà, rouge. Rouge.

?

Je récapitule :
Le flux coloré, c’est moi
La Rancœur de l’infini, c’est l’autre, lui.
À gauche mon pied se tord dans l’indifférence atmosphérique générale. La rumeur enfle. La rumeur gauche de l’infini, un grondement sourd. Il arrive en portant un silence très gauche. Et là, involution sonore. D’où, ce qui est problématique, c’est l’éclat de ce silence. Ou alors l’infini n’existe pas. Enfin, il n’existe que pour me faire peur.

Et puis :
La couleur s’est allégée. Crispée. Son ressort lyrique s’est affadi. Je dis jaune/émeraude/turquoise/anthracite/indigo/mauve/ébène, mais ce n’est plus jaune/émeraude/turquoise/anthracite/indigo/mauve/ébène c’est juste que j’ai été conditionné pour dire cela. Comme quand j’ai été conditionné par :

1- l’Histoire :
J’ai connu l’inflammation, calor, rubor, tumor, dolor, bref.

Et

2- l’Anecdote
Sa tête a gonflé et elle a explosé. J’ai trébuché sur son corps inerte un peu pourri. Quand je l’ai enterrée, le monde avait disparu. Il ne restait plus que moi et le bruit de mes pas qui résonnait sur l’eau.


Donc, elle m’a poursuivi dans cette histoire. Sans me rattraper. C’est étrange comme tout me paraît maintenant ou opaque ou flou.

— Ça a débuté plus ou moins comme ça :

Je me suis retourné vers elle et je lui ai souri. Je me suis précipité en arrière pour éviter son souffle, et une fois rassuré, j’ai bondi vers son cou.

— Et vous l’avez étranglée?
— Je l’étrangle comme je vous étrangle, j’exclus toute autre possibilité. Non je ne l’ai pas étranglée. Ou alors j’étais de dos :

Soudainement je me suis levé et j’ai couru. Je cours à présent.

— Courir vous rend-il vivant ?
— Peut-être alors que je ne cours plus. Mais c’est bien involontaire, parce qu’en me coupant le pouce, j’ai vu du sang couler.
— N’essayez pas de ruser.
— Non :

Je suis parti. Il y a un bruit de camion dehors. Une voiture qui fait vibrer la chaussée. Une horloge qui n’en finit pas de tictaquer. Tic, Tac, etc.

— Dehors ?
— Oui, comme une évidence poétique, je me tenais loin des heurts et des passions :

Et lui, Il s’est assis vraiment sans gloire, l’assassin du banal, écrasé par sa fatuité.


Clement Douala-Diboti Quenum

lundi 31 mai 2010

Simulation de vol.

Des corps calcinés.
Des corps emmaillotés dans du papier.Un papier fin et gondolé.
Des canes de cristal pour se laisser porter humblement, des canes de cristal pour continuer l'action d'avancer. Doucement.
Des images lointaines, instables et brumeuses de cendres grises et claires.
L'horizon est tout juste là, on l'aperçoit légèrement, en se mettant lentement sur la pointe des pieds. L'effacement des belles choses, des belles actions, et maintenant cette présence bloc-béton, on ne sait pourquoi, des dialogues à bouches soigneusement ligotées.
Vient alors ce vide, qui ne devrait pas être là, à ce moment précis.
Des mains liées par des fils de verre translucides, un courant passe énergiquement à l'intérieur de ce fil de cristal, comme le sang abondant qui gesticule dans nos veines.
Des mains liées. Des yeux qui essayent paisiblement de se fermer naturellement, mais c'est encore impossible. Faux aveugle errant, dans les rues de cette ville que j'aime, en plein jour, et la nuit n'est pas disposée à se présenter. Mes yeux et le temps.
Des amoncellements d'images belles et rapides viennent.
Puis, s'effacent, pour en céder la place à d'autres.
Les yeux et le présent.
Une satisfaction nouvelle qui éveille de nouveaux sens et de nouvelles attractions.
Des bouches ligotées. De petits sons en sortent, des mensonges.
Un animal gaillard passe, le dos vouté, oeil furtif mais bien ouvert.
Il n'a pas l'air très commode, il n'a aucune notion du temps ni de l'espace. Mais il ne fait que passer. Je le regarde abattue.
Malgré la banalité formelle d'une situation, malgré ces foutus pièges à loups inquiétants, disposés, ça et là au travers de mon minuscule poitrail.
En partant de mes seins, une chaîne épaisse les relie à mes poumons, mon coeur puis mon estomac. Tout est soigneusement installé pour une durée que je détermine. Mes yeux et le présent.
Cet effacement brutal des "choses" qui se greffe aux viscères.
De belles fleurs, je ne connais pas la variété. Les combats incessants encore, d'encore d'autres batailles mentales.
Un chat qui croise mon regard, inquiet. Les envies d'explosion qui ne se produiront pas... Les mains liées et la bouche scellée comme un coffre fort.
Il me reste mes pieds, je dessine avec, l'avancée féconde du vrai sentiment. Il me faut de nouveaux crayons.
Entendre une image de la violence, et la détourner en une explosion de confettis et de fleurs en papier, comme dans un bal de village.
Un espace clos. Dérober à chaque recoin des soupçons de bonheur, dissimuler dans les objets.
Je désespère des envols simulés, tout en croyant à l'idéal d'un doux quotidien Formica.
Je suis à moitié à poil dans un aéroport, j'ai ma fille dans les bras, tout va bien.


C.L.

lundi 24 mai 2010

Le psychologue était barbu.

Alors commença le calvaire. Après avoir renié ses origines animales au profit de rêves sodomites et avoir finalement rallié l'équipe de haute voltige mentale des bobos-la-tête dans la catégorie des moins de dix ans, la licence y était gratuite mais les troisième mi-temps peu nombreuses, on l'obligea à voir l'homme à barbe au moins deux fois par semaine. Cette lourde sanction lui fit conclure que le mot "bite" possédait des vertus maléfiques qu'il ne fallait pas prendre à la légère, n'en déplaise à François, Alphonse, Donatien, Justine, Juliette, Emmanuelle, O et tous les autres. C'était d'ailleurs sans doute pourquoi il existait tant de synonymes qu'employaient avec une virtuosité sans égale les professeurs du grenier. Ces derniers distribuaient ça et là nombre vîts, mas, pieux, verges auxquels venaient s'ajouter les plus modernes mais non moins charmants queues, noeuds, sgeggs. Mais ce mot là, "bite", avait amarré à son port ce curieux et puant petit bonhomme qui portait un pull en laine mohair en lieu et place de menton et affichait en toute circonstance un regard à ce point humide qu'on eût dit que la Bretagne éternelle venait s'y incarner. Sa bouche disparaissait tant dans cette toison immonde que les poils paraissait parfois être doués de parole. La mythe se demandait constamment à quoi servait, quand on avait une tronche de cul, d'y ajouter du poil. Ce qu'il formula à haute voix lors de sa première "séance" lorsque le psy évoqua le fait que, peut-être, sa mère lui manquait.
Il avait l'art et la manière de ne poser que des questions dont il croyait être sûr de connaître déjà les réponses, et pour cela, La Mythe ne répondait que par des passages appris la veille par coeur, dans le grenier, à la lumière de la lampe torche. Cette année là il fut donc tour à tour le fils de la femelle du requin, un plombier dont la simple vision du bleu troublait à un point indécent un large panel représentatif de la gent féminine, Franlo, Noirceuil, Clairwill... Il parlait par la bouche de Diana pour répondre à son psychologue:
-Je sais que tu as des problèmes de constipation depuis un certain temps... Peut-être y-a-t-il des choses que tu veux garder pour toi? Qui n'arrivent pas à sortir?
-Ah oui... le cul. Et le cul ma belle reine et le cul?... C'est qu'il est bien recherché en Italie! Vous gagnerez plus d'argent avec votre cul en un mois si vous le prétez qu'en un an si vous ne présentez que le con. P't'être tu f'ras fortune là bas m'sieur...
Mais ce connard en plus d'être inculte semblait être bien être réfractaire à la magnifique noirceur de ces déclamations. Si bien que La Mythe, si ce jeu le délassait quelque peu du morne quotidien d'un élève de cours préparatoire, ne faisait qu'aggraver son cas aux yeux, mouillés, du très compatissant barbu. Celui-ci l'observait tapis dans le réduis de la photocopieuse qui lui servait aussi de bureau temporaire alors que La Mythe parlait aux platanes de la cour avant de se jeter dans une partie football histoire de faire voler deux ou trois chevilles sans même se préoccuper du ballon. L'expérience du réel était pour lui simple et totale, elle incluait des instants suffocants de beauté et de violence qui éclipsaient en un clin d'oeil tout ce que l'existence avait de routinier. La Mythe partait donc à la chasse à l'instant et n'acceptait en aucun cas de rentrer bredouille. Lorsque le quotidien devenait trop plat, il partait asticoter un grand jusqu'à le pousser dans ses retranchements et déclencher une bagarre de gamins, ça mettait du volume et on en ressortait avec quelques bosses qui somme toute contentaient tout le monde, même ceux qui rentraient en classe en chimourlant.
Il sut cependant s'arrêter juste à temps, alors que le barbu avait référer de son cas à de plus hautes sphères dans le complexe organigramme de la confrérie du poil. Un nouveau psychologue, plus expert d'on ne sait quoi que le premier se présenta, pour aider son collègue et surtout le jeune garçon. Il arborait lui aussi une pilosité faciale étonnante, semblable à un langue disproportionnée dont les extrémités se seraient divisées en d'infectes et nombreuses tentacules. La Mythe ne pouvait que se demander si cette discipline obligeait ses pratiquants mâles à développer leur système pileux: ce ne pouvait en aucun cas être une maladie de métier puisque Me Labat avait représenté pour lui tout ce qui était de plus glabre dans la création... A moins que... Plus bas... Elle aussi... Cette idée le glaça d'effroi et il se jura d'un jour la délivrer de ce joug infernal.
Le Haut-barbu arriva donc un samedi matin à l'école et on vint arracher La Mythe aux douces ondes de son radiateur qui le maintenaient dans l'état qu'il préférait en classe: lascif comme s'il eût été entouré des mille vierges. A celui là il semblait qu'on ne pouvait pas la lui faire à l'envers alors La Mythe décida de lui faire à l'endroit pour ridiculiser le sous-barbu. Il dit ce qu'on attendait qu'il dise depuis des mois: qu'il faisait l'intéressant pour qu'on le remarque en disant des sottises et en mordant des gens parce qu'il n'avait jamais connu sa mère et qu'il lui manquait quelque chose dans ce trop vaste monde, quelque chose qu'il ne pourrait jamais connaître et qui lui faisait mal, très mal. Bref, un vulgaire mélange entre l'histoire à Bambi et le lot de conneries que le sous-barbu lui avait suggéré. Il servit tout cela sur un plateau d'argent à Grand barbu, si bien qu'il y avait même un service en argent et un verre en cristal pour accompagner la tambouille. L'histoire passa comme papa dans maman et comme le tonnerre divin sur la tête du sous-barbu que l'on prit immédiatement pour un incompétent et que l'on vida manu militari de l'école pour n'avoir pas su percer une si tendre coquille et avoir dérangé un expert de l'esprit humain plus éminent que lui pour si peu.
Le principal problème des humanistes larmoyants a toujours été de mésestimer la puissance du mal ordinaire. Qu'est ce que la bonté face à la cruauté? Que vaut la motivation des vertus face aux gratuités du vice? Quel amusement retire t-on de la recherche d'une vérité une et indivisible quand le mensonge a tant de visages changeants et rieurs? Faut-il une explication à tout? La plupart des adultes semblaient le croire alors même qu'ils obéissaient si volontairement aux lois de l'absurdité, se ruant sur le moindre particularisme comme la vérole sur le cul d'un tapin pour finalement le pendre au pylône ou le noyer dans le troupeau. La vérité ne résidait que dans l'acte et l'imagination pour La Mythe. Et encore uniquement dans ses propres actes et sa propre imagination qui, il en était certain, étaient la latitude et la longitude de la terre du verbe éternel. Pas de mégalomanie qui tienne. Il était roi en son monde et les murailles tenaient bon.

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S.L.